Ce matin, j’ai perdu que’que chose…

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Ce matin en allant travailler, j’ai perdu que’que chose. Un p’tit je ne sais quoi s’en est allé je n’sais où. Un p’tit que’que chose m’a quitté et je ne m’en étais même pas rendu compte jusqu’à ce que je rentre chez moi le soir, comme chaque soir, comme tous les soirs depuis vingt-cinq ans. Mince alors !

De retour à la maison, j’ai procédé à une inspection méticuleuse de mes affaires. J’ai commencé par palper les poches de mon pantalon puis celles de ma veste afin de retrouver ce p’tit que’que chose. Non, je n’avais pas perdu mes clefs et son trousseau, toujours aussi pesant et bien à l’abri caché au fond de la poche de mon pantalon, entre un mouchoir en papier et quelques pièces de monnaie – excitées et ne cherchant qu’à sortir pour s’exhiber sur un comptoir avant de terminer dans le noir d’un tiroir caisse…

Je me suis alors assis sur l’unique tabouret de la cuisine, près de la fenêtre donnant sur la rue où quelques passants déambulent à cette heure-là pour aller au bar tabac du coin s’acheter des clopes, et en profitent pour s’en j’ter un ou deux derrière les oreilles. Assis sur mon tabouret, j’ai réfléchi, réfléchi, réfléchi, pensé et repensé. Non, je n’avais ni perdu l’esprit ni la tête, cette dernière étant toujours bien vissée à la même place, sur son cou qui ne demande qu’à la conserver. Il n’empêche que ce matin en allant travailler, j’ai perdu que’que chose et il me fallait découvrir de quoi il s’agissait.

Je n’avais perdu ni mes clefs et son trousseau, ni l’esprit, ni la tête. J’avais encore toute ma mémoire. Alors ce matin, en allant travailler, qu’avais-je donc perdu sur le chemin ? Quel était donc l’objet ou la chose que j’avais égaré dont le manque se faisait ressentir aujourd’hui de façon si prégnante ?

Depuis plus de vingt-cinq ans, je marchais toujours dans le matin, l’hiver avec le vent, la pluie, la neige dans la figure en pensant déjà au soir qui ne viendrait seulement qu’au bout d’une journée longue et difficile de travail. L’été, la chaleur et le soleil flétrissant jour après jour, à p’tit feu, une peau déshydratée par la routine de toutes ces années d’aller-retour quotidiens. Pendant que mes pas, tous ces p’tits matins sur le chemin du boulot, creusaient le pavé, le temps, lui, creusait mon visage de son empreinte en laissant apparaître quelques rides de plus en plus prononcées « qui au vent mauvais m’emportent deçà delà, pareil à la feuille morte ». Avec le temps, adieu veau, vache, cochon, entrain, bonne humeur, humour, rires, illusions, rêves, envies, désir, jeunesse éternelle et tant et tant d’autres choses…

Ce matin en allant travailler, j’ai perdu que’que chose. Un p’tit je ne sais quoi s’en est allé je n’sais où. Un p’tit que’que chose m’a quitté et je ne m’en étais même pas rendu compte… jour après jour, année après année, avec le temps, tout s’était barré en courant sans m’attendre. « Avec le temps, avec le temps, va, tout s’en va. On oublie le visage. Et l’on oublie la voix. Le cœur quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin. Faut laisser faire, c’est très bien… »

11 commentaires Ajouter un commentaire

  1. maevarise dit :

    Dis nous quand tu auras trouvé ce que c’est !! Joli texte 🙂

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    1. ibonoco dit :

      J’y compte bien.

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  2. karouge dit :

    Perdre patience dans les embouteillages peut rallonger le parcours de celui qui va travailler (même à pied). Mieux vaut, pour l’éviter, rester au chaud chez soi…sans perdre la face, car perdre patience est excusable, quand celle-ci est à bout (à bout de ficelle), (c’est même un sujet tabou, donc une excuse imparable pour rester au lit).

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  3. On peut perdre quelque chose, et identifier la perte et c’est bien, on est rasséréné. On peut aussi avoir le sentiment diffus d’une perte, une drôle de sensation, mais perte de quoi bon sang, et qu’est cette impression vacillante laquelle a tantôt des contours nets, précis et l’on se dit ahh, voilà c’est ça, et puis pfuiiiit, les contours s’estompent, disparaissent, et l’impression est toujours là. On rebrousse chemin, incrédule, cherchant derrière soi ou même devant soi. Peut-être que c’est ça ? Non. Plutôt ça ? Non plus. Et puis on essaie de se dire oh c’est juste que j’ai mal dormi ou tout autre prétexte, et l’impression se tasse quelque part et pour se rassurer on prend le temps comme allié « Avec le temps va, tout s’en va…. » Seulement il y a des choses qui résistent au temps en dépit de tout et envers tout.

    Ce matin, je suis triste, si triste. J’ai reçu un courrier, un long courrier à la mesure des larmes de sang avec lesquelles il a été écrit. Cette souffrance mise à nu, à l’état brut, confiée à moi en une pièce jointe déposée dans ma boite mail. C’est un tel bouleversement, prise au dépourvu, complètement retournée, et ce sont mes propres larmes qui ont roulé sur mes joues et qui continuent à le faire, l’impression ayant décuplé ses forces revient, massive, m’empoignant à bras le corps, me serrant le cœur et la gorge à l’étouffement. Peut-on seulement imaginer la détresse, la souffrance de cette personne pour qu’elle vienne les déposer auprès d’une inconnue ? Cette fois-ci, je pense l’avoir identifiée cette impression de perte en tout cas une des formes qu’elle peut prendre, parce que c’est ce que crient les mots les uns après les autres, des larmes ininterrompues qui se déversent en flots de cette lettre poignante, déchirante, me submergent… ce n’est même plus le temps qui lui fera s’oublier elle-même cette sensible personne car l’indifférence, une montagne d’indifférence est à l’œuvre, est entrain de la tuer à petit feu, et tuer est pris au sens propre ici. Je ne la connais pas cette personne, je ne sais pas qui elle est, où elle est..: On peut s’accommoder de tout et même du temps qui passe et que rien ni personne ne peut arrêter, on peut s’accommoder de tout sauf de la violence du silence, de la violence de l’indifférence.

    Mon écrit n’est pas un exercice de style, c’est une histoire humaine on ne peut plus réelle. Pourquoi j’en parle sur cet espace me direz-vous Ibonoco ? Vous aurez raison de vous en offenser, et si c’est le cas, je vous prie de me pardonner, je souhaite juste vous dire que votre écrit tout aussi intense, profond que sensible me remet devant celui que j’ai reçu et lu ce matin, et que si vous ne souhaitez pas publier mon commentaire, je le comprendrais, il est si triste.

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    1. ibonoco dit :

      Toute histoire humaine doit pouvoir être racontée…. Merci d’avoir écrit ces lignes

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  4. Un peu plus loin, dans une autre cage, allait et venait une panthère noire, encore pleine de l’odeur de sa forêt natale. C’était un étrange fragment de nuit étoilée, une bande magnétique qui s’agitait sans arrêt, un volcan noir et élastique qui voulait raser le monde, une dynamo de force pure qui ondulait ; et deux yeux jaunes, précis comme des poignards, et qui interrogeaient de tout feu car ils ne comprenaient ni la prison ni le genre humain […] Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette ». Pablo Neruda
    Merci Ibonoco pour votre message qui me touche beaucoup.

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    1. ibonoco dit :

      Bonne journée. Une belle journée se lève.

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  5. Ferré est mon chanteur préféré. Que de profondeur.

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