Le coeur d’Anna

  L’EMPREINTE   Je m’appuierai si bien et si fort à la vie, D’une si rude étreinte et d’un tel serrement Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie Elle s’échauffera de mon enlacement. La mer, abondamment sur le monde étalée, Gardera dans la route errante de son eau Le goût de ma douleur…

Sur le sable…

  SUR LE SABLE Sur le sable fin de mes fragiles et courtes nuits Je m’allonge lourdement et éreinté sur ton lit Ton oreiller pour ami, ton parfum pour rêve. Et d’un battement de paupière je capture ton souffle Lorsque le mien s’arrête sur une vie parfois lasse De n’avoir pas su venir plus tôt…

My sweet Mathilde, please, reviens-moi !

  Green Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux. J’arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer…

Le temps d’une cerise

    LE TEMPS D’UNE CERISE Tu venais souvent l’été à l’ombre du cerisier t’étendre et t’assoupir Une main ridée pendant dans le vide, l’autre laissée à l’abandon… Nous étions heureux, simplement heureux… tout simplement. On ne savait pas encore le désespoir du néant ni le goût du chagrin. Un jour succédait à un autre,…

Une rose de trop pour Marceline

  Les roses de Saadi   J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ; Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les noeuds trop serrés n’ont pu les contenir. Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées. Elles ont suivi l’eau pour…

Allez Victor, au boulot !

Saison des semailles. Le soir   C’est le moment crépusculaire. J’admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s’éclaire La dernière heure du travail. Dans les terres, de nuit baignées, Je contemple, ému, les haillons D’un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons. Sa haute silhouette noire Domine les profonds…

L’évangile selon Alfred

  « To succeed in the world, remember these three maxims: to see is to know; to want is to can ; to dare is to have. » « Pour réussir dans le monde, retenez bien ces trois maximes : voir, c’est savoir ; vouloir, c’est pouvoir ; oser, c’est avoir.    Louis-Charles-Alfred de Musset (1810 – 1857),…

T’as le bonjour d’Albert

Ton souvenir est comme un livre   Ton souvenir est comme un livre bien aimé, Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé, Un livre où l’on vit mieux sa vie, et qui vous hante D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente. Je voudrais, convoitant l’impossible en mes voeux, Enfermer dans un vers l’odeur…

Les amours de Paul-Jean

En Arles Dans Arles, où sont les Aliscams, Quand l’ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps, Prends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans cause Ton coeur trop lourd ; Et que se taisent les colombes : Parle tout bas, si c’est d’amour, Au bord des tombes. Paul-Jean…

Fermons la porte… dehors il fait si froid

  APRÈS L’ADIEU Fermons la porte… Ici chez moi Je suis seul et ma lampe fume Insensible mon amertume Parachève ce désarroi. Fermons la porte, il fait si froid ! … Ton pas s’efface dans la brume On dirait un écho posthume… Je vais me souvenir de toi ! Je tisonne en vain l’âtre vide : Sous un…

Aimé et les trilobites

Perdition   nous frappons l’air neuf de nos têtes cuirassées nous frapperons le soleil de nos paumes grandes ouvertes nous frapperons le sol du pied nu de nos voix les fleurs mâles dormiront aux criques des miroirs et l’armure même des trilobites s’abaissera dans le demi-jour de toujours sur des gorges tendres gonflées de mines…

Alors Paul, où en étais-tu déjà ?

OÙ EN ÉTAIS-JE ? Il se fait tard le ciel quitte la chambre Ce soir je vais vendre mes chèvres Je marche derrière un troupeau De clartés délicates Les arbres qui me guident Se ferment Ils n’en sont que plus sûrs Ce soir je vais construire une nuit d’exception La mienne Informe comme le soleil…

Une histoire de famille

La famille ? C’est toute une histoire ! Une histoire que l’on se raconte au fil des années, que l’on vit jour après jour et l’on – se – transmet au gré des souvenirs affleurant à la surface d’un présent parfois récalcitrant. La famille ? Ce sont toutes ces têtes qui disparaissent du paysage de la vie pour…

Louise ! Louise ! Louise !

  Quand la foule aujourd’hui muette, Comme l’Océan grondera, Qu’à mourir elle sera prête, La Commune se lèvera. Nous reviendrons foule sans nombre, Nous viendrons par tous les chemins, Spectres vengeurs sortant de l’ombre, Nous viendrons nous serrant les mains. La mort portera la bannière ; Le drapeau noir crêpe de sang ; Et pourpre…

Poème du jour

  Élie   Mon ami le petit Élie juif est mort à Paris cet été dans son lit le petit Élie n’était plus si petit il avait mon âge à peu près je l’avais connu en mille neuf cent quarante-quatre nous avions trois ans ou quatre nous habitions la même maison moi au premier lui…

Une âme peut en cacher une autre

Si tu poses doucement, tout doucement ta petite main sur la mienne avec une infinie tendresse, Si tu effleures ma colère – comme ma joie – du bout de tes lèvres et du fond de ton être, Si tu cherches dans la profondeur de mon regard les battements de ton cœur, Alors dans le fond…

Charly for ever

LE GUIGNON Pour soulever un poids si lourd, Sisyphe, il faudrait ton courage ! Bien qu’on ait du coeur à l’ouvrage, L’Art est long et le Temps est court. Loin des sépultures célèbres, Vers un cimetière isolé, Mon coeur, comme un tambour voilé, Va battant des marches funèbres. – Maint joyau dort enseveli Dans les…

Ce matin, j’ai perdu que’que chose…

Ce matin en allant travailler, j’ai perdu que’que chose. Un p’tit je ne sais quoi s’en est allé je n’sais où. Un p’tit que’que chose m’a quitté et je ne m’en étais même pas rendu compte jusqu’à ce que je rentre chez moi le soir, comme chaque soir, comme tous les soirs depuis vingt-cinq ans….

Une p’tite conversation entre potes ?

CONVERSATION Le porte-monnaie: – Je suis d’une incontestable utilité c’est un fait Le porte-parapluie: – D’accord mais tout de même il faut bien reconnaître que si je n’existais pas il faudrait m’inventer. Le porte-drapeau: – Moi je me passe de commentaires Je suis modeste et je me tais D’ailleurs je n’ai pas le droit de…