Pardonne-moi… ma belle

LE BAISER VOLE   Pardonnez-moi, belle marquise, Ce baiser que je vous ai pris ! Les parterres étaient fleuris ; L’air était plein de galantise. L’amour chantait avec la brise ; Mon crime est de l’avoir compris. — Pardonnez-moi, belle marquise, Ce baiser que je vous ai pris ! Vous me disiez, sur l’herbe assise : « Cueillez cette fleur ! » et,…

Mon amie Hélène

    MADRIGAL Si c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuit Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit : Si c’est aimer de suivre un bonheur qui me fuit, De me perdre moi même et d’être solitaire,…

Une larme dans le coeur d’André

  QUAND UNE LARME DE TROP. Quand une larme de trop m’empêche de respirer m’empêche réellement de respirer  – Alors je crie comme autrefois quand j’étais gamin aux terreurs nocturnes – Je vais jeter des tonnes de violettes à la mer pour qu’avec elles s’enfoncent dans l’oubli les maisons les enseignes les rues et les…

Whispering in my garden…

  LE JARDIN MOUILLE La croisée est ouverte ; il pleut Comme minutieusement, A petit bruit et peu à peu, Sur le jardin frais et dormant, Feuille à feuille, la pluie éveille L’arbre poudreux qu’elle verdit ; Au mur, on dirait que la treille S’étire d’un geste engourdi. L’herbe frémit, le gravier tiède Crépite et…

La tristesse de Marceline

  LES SEPARES N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre. Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau. J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre, Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. N’écris pas ! N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes, Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si…

Délicatement, tout doucement…

    DELICATESSE Si la vie n’était que pure poésie Si le temps n’était que douce ivresse Si la pluie n’était que grande délicatesse Si le vent n’était que fine caresse Et la nuit tendre paresse sur ton lit Alors, délicatement, tout doucement, Je déposerais ma plume et mon âme A l’ombre de Tes perfections…

Les retrouvailles…

  SEUL LE VIEUX TAPIS FLEURISSAIT LE SOL La maison avait changé d’adresse ma photo avait changé de place la table avait été pliée derrière la porte la chaise de mon père, aussi seul le vieux tapis fleurissait le sol Je t’ai trouvée enfin dans un jardin nu avec ton grand châle noir l’esprit en…

Le bonheur selon Boris

  « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun. » « I’m not interested in the happiness of all men, but only in the happiness of each » « A mí lo que me interesa no es la felicidad de todos los hombres, sino la de cada uno de ellos »  …

Viens faire un p’tit tour sur l’eau…

EXTREME-ORIENT  I Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux. Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre, Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre, Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux. Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau, Sans savoir où, très lentement. –…

MON AMIE ALGOS – Aλγος

  Neuf heures du matin seulement et déjà il se fait bien tard… Une ombre épaisse recouvre lentement la chair tuméfiée de tous ces jours d’attente, de prière et d’espoirs impossibles comme une fraîche nuit d’automne jetant son voile épais sur un été encore chaud, orageux mais fragile et sans avenir. Depuis tant d’années, elle…

La poésie a-t-elle un âge ?

  « Les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques. L’ode chante l’éternité, l’épopée solennise l’histoire, le drame peint la vie. Le caractère de la première poésie est la naïveté, le caractère de la seconde est la simplicité, le caractère de la troisième, la vérité. » « Primitive times are lyrical,…

Les rêves d’une âme aux cheveux d’argent

  CONCLUSION   J’ai rêvé les amours divins, L’ivresse des bras et des vins, L’or, l’argent, les royaumes vains, Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans. Parmi les sentiers amusants Nous irons sur nos alezans. Il est loin le temps des aveux Naïfs, des téméraires voeux ! Je n’ai d’argent qu’en mes cheveux. Les âmes dont…

La passion de Joachim

  JE PARDONNE A LA DOUCE FUREUR   Maintenant je pardonne à la douce fureur Qui m’a fait consumer le meilleur de mon âge, Sans tirer autre fruit de mon ingrat ouvrage Que le vain passe-temps d’une si longue erreur. Maintenant je pardonne à ce plaisant labeur, Puisque seul il endort le souci qui m’outrage,…

Une p’tite leçon sur l’amour…

    LA RECETTE DE L’AMOUR FOU   Dans un boudoir introduisez un coeur bien tendre Sur canapé laissez s’asseoir et se détendre Versez une larme de porto Et puis mettez-vous au piano Jouez Chopin Avec dédain Égrenez vos accords Et s’il s’endort Alors là, jetez-le dehors Le second soir faites revenir ce coeur bien…

Le coeur d’Anna

  L’EMPREINTE   Je m’appuierai si bien et si fort à la vie, D’une si rude étreinte et d’un tel serrement Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie Elle s’échauffera de mon enlacement. La mer, abondamment sur le monde étalée, Gardera dans la route errante de son eau Le goût de ma douleur…

Sur le sable…

  SUR LE SABLE Sur le sable fin de mes fragiles et courtes nuits Je m’allonge lourdement et éreinté sur ton lit Ton oreiller pour ami, ton parfum pour rêve. Et d’un battement de paupière je capture ton souffle Lorsque le mien s’arrête sur une vie parfois lasse De n’avoir pas su venir plus tôt…

My sweet Mathilde, please, reviens-moi !

  Green Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux. J’arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer…

Le temps d’une cerise

    LE TEMPS D’UNE CERISE Tu venais souvent l’été à l’ombre du cerisier t’étendre et t’assoupir Une main ridée pendant dans le vide, l’autre laissée à l’abandon… Nous étions heureux, simplement heureux… tout simplement. On ne savait pas encore le désespoir du néant ni le goût du chagrin. Un jour succédait à un autre,…

Une rose de trop pour Marceline

  Les roses de Saadi   J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ; Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les noeuds trop serrés n’ont pu les contenir. Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées. Elles ont suivi l’eau pour…

Allez Victor, au boulot !

Saison des semailles. Le soir   C’est le moment crépusculaire. J’admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s’éclaire La dernière heure du travail. Dans les terres, de nuit baignées, Je contemple, ému, les haillons D’un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons. Sa haute silhouette noire Domine les profonds…