Pardonne-moi… ma belle

LE BAISER VOLE   Pardonnez-moi, belle marquise, Ce baiser que je vous ai pris ! Les parterres étaient fleuris ; L’air était plein de galantise. L’amour chantait avec la brise ; Mon crime est de l’avoir compris. — Pardonnez-moi, belle marquise, Ce baiser que je vous ai pris ! Vous me disiez, sur l’herbe assise : « Cueillez cette fleur ! » et,…

Mon amie Hélène

    MADRIGAL Si c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuit Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit : Si c’est aimer de suivre un bonheur qui me fuit, De me perdre moi même et d’être solitaire,…

Une larme dans le coeur d’André

  QUAND UNE LARME DE TROP. Quand une larme de trop m’empêche de respirer m’empêche réellement de respirer  – Alors je crie comme autrefois quand j’étais gamin aux terreurs nocturnes – Je vais jeter des tonnes de violettes à la mer pour qu’avec elles s’enfoncent dans l’oubli les maisons les enseignes les rues et les…

Whispering in my garden…

  LE JARDIN MOUILLE La croisée est ouverte ; il pleut Comme minutieusement, A petit bruit et peu à peu, Sur le jardin frais et dormant, Feuille à feuille, la pluie éveille L’arbre poudreux qu’elle verdit ; Au mur, on dirait que la treille S’étire d’un geste engourdi. L’herbe frémit, le gravier tiède Crépite et…

Bialik le protecteur

Protège-moi   Prends-moi sous ton aile et protège-moi. Sois ma mère et ma soeur. Et que je fasse de ton sein le refuge de ma pensée, le nid de ma prière inexaucée. Entre le jour et les étoiles, à l’heure des pitiés, sur moi penche-toi : je te dirai tout le secret de ma douleur, On…

Le désir d’un jour

  ECLAT Adossé dans un parc au creux de tes mains le jour s’étale Il est comme mon désir que tu renverses sur le dos l’horizon dans ta poche. Salah Al Hamdani né à Bagdad en 1951, Eclat le sol in Bagdad mon amour suivi de Bagdad à ciel ouvert, Editions Le Temps des cerises,…

Sous le soleil de Mexico

VALLEE DE MEXICO Le jour déploie son corps transparent. De ses grands marteaux invisibles, la lumière me frappe. Attaché à la pierre solaire, je ne suis qu’une pause entre deux vibrations : le point vif, aiguisé, le point fixe, intersection de ces deux regards qui s’ignorent et qui se retrouvent en moi. Pactisent-ils ? Je…

Tout en haut de la colline… Octavio

  COLLINE DE L’ETOILE   Ici les anciens accueillaient le feu Ici le feu créait le monde A midi les pierres s’ouvrent comme des fruits L’eau ouvre les paupières La lumière coule sur la peau du jour Goutte immense où le temps reflète et s’apaise.     Octavio Paz (1914-1998) in Liberté sur parole (1949),…

La plume d’Octavio

         Je commence et recommence. Mais je n’avance pas. Chaque fois qu’elle atteint les lettres fatales, la plume recule : un interdit implacable me ferme le chemin. Hier, investi des pleins pouvoirs, j’écrivais sans peine, sur la première feuille disponible : un fragment de ciel, un mur (impavide devant le soleil et mes yeux),…