Ambulatoire

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Aux alentours de dix heures, à une ou deux minutes près et quelques secondes de trop qui se courent après, les unes derrière les autres : ici, le temps n’a plus vraiment d’importance…

Une chambre double avec vu sur le parc, des arbres magnifiques au feuillage jaune, d’autres – un peu à la traîne – n’ont pas encore revêtu leur habit d’automne et arborent fièrement un vert foncé jusqu’au bout de chaque feuille. Le quartier est paisible. Parfois l’on entend le bruit d’un moteur dans la rue ou celui d’une ambulance qui rôde du côté du bureau des admissions.

Deux lits occupés que l’on peut régler à l’aide d’une télécommande : le lux absolu ! tandis que du couloir remontent les discussions, les bruits des chariots passant de chambre en chambre, les pas plus ou moins pressés résonnant sur un carrelage usé et les grincements de portes qui sans cesse, s’ouvrent et se ferment sur un monde que l’on abrite et cache, celui de la maladie, de la douleur et parfois des pleurs.

Ambulatoire ! Nous sommes tous des « ambulatoires » ! Un jour c’est toi, un autre c’est moi, et demain ce sera peut-être elle, lui, le facteur, le plombier, mon chien ou mon chat. Un jour tu te lèves – comme tous ces autres jours – , tu prends quelques affaires – comme tous ces autres jours – , tu prends le métro – comme tous ces autres jours – , mais tu ne vas pas bosser. Aujourd’hui n’est qu’une parenthèse, un répit, un trou dans le mur de l’activité professionnelle. Le travail, ce sera pour demain, pour après-demain et pour tant et tant d’autres jours… mais pas pour aujourd’hui ! De toute façon, il t’en reste combien de jours à trimer pour faire monter le PIB ? Encore une tranche de vie, une sacrée bonne tranche de vie, à condition que cette dernière soit d’accord avec toi. C’est peut-être là l’unique question, la seule : ta vie, est-elle d’accord – et non en accord – avec toi ?

Ambulatoire ! Nous sommes tous des « ambulatoires » ! Aujourd’hui, c’est toi. Quelle chance ! Pas de job, pas de mails professionnels, pas d’emmerdes, d’anicroches ou d’accrochages, pas de management empirique, pas d’appels téléphoniques ou de décisions à prendre. Rien ou presque : la vie sociale s’est retirée une petite journée et tu es là, attendant que cette dernière veuille enfin bien se terminer pour simplement rentrer chez toi.

Aux alentours de onze heures, à une ou deux minutes près et quelques secondes de trop qui se courent après, les unes derrière les autres : ici, le temps n’a plus vraiment d’importance… Il s’en est allé par la fenêtre rejoindre les arbres du parc, retrouver la grisaille de cette fin de matinée qui s’étire en longueur, tous ces bruits qui font un quotidien et n’en ont pas même conscience. Le temps s’en est allé, il s’est tiré, il a filé à l’anglaise, et toi tu es là ! Tu es las, las ! seul et tu l’attends le temps, juste le temps d’un instant, espérant son retour comme toujours.

J’attendrai

13 commentaires Ajouter un commentaire

  1. iotop dit :

    Bon jour,
    Je retiens :  » il t’en reste combien de jours à trimer pour faire monter le PIB ?  »
    Un texte affûté avec une certaine résignation un constat comme après un accident, les faits sont irrémédiables et le passage au garage et retour à la vie active si ce n’est à produire non un acte démocratique mais un acte de comptabilité auprès d’un État une société comme nous dit Balzac « est sans entrailles » …
    Max-Louis

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    1. ibonoco dit :

      Merci Max-Louis. Un texte peut-être des mauvais jours qui sonne comme une longue résignation face aux événements du quotidien.

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  2. gibulène dit :

    j’en sors ! avec l’immense surprise d’ailleurs de constater que les box en ambulatoires sont partagés. Deux lits et un rideau qui sépare juste les têtes de lit……….. et les accompagnants autorisés, et aucun endroit pour se mettre les délicieuses tenues qui nous sont allouées… quand tu arrives seule, ce qui est mon cas, et que tu as galéré pour trouver quelqu’un qui accepte de t’accompagner…. puis de venir te rechercher quand…. eh bien tu partages le compagnon de la voisine de chambre aussi. Il est gentil, il se tourne et fait des mots croisés, accepte de sortir le temps que tu te glisses sous la couette…. et revient dare dare cruciverber…. Et tu te sens d’autant plus seul(e) que depuis le matin, toi, tu as galéré !!!

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    1. ibonoco dit :

      Oui, c’est tout à fait cela. Et nous partageons tous un jour ou du moins pour une grande majorité, ces conditions.
      Merci d’avoir partagé ton expérience en la matière.

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  3. Dominique dit :

    C’est gai aujourd’hui, déjà que chez moi il pleut et que le ciel est aussi bas que le plafond !… La dernière fois que j’étais en ambulatoire je me suis endormiesur mon lit ds le box et on est venu me réveiller pour m’anésthésier ! Ca ne s’invente pas ça !
    Bonne soirée ! 🙂

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    1. ibonoco dit :

      C’est vrai que très gai mais ce sont des situations qui sont vécues par beaucoup de monde au quotidien et souvent dans une grande solitude.😄
      Allez, demain il fera beau et bon, même pour un mois de novembre.
      Bonne soirée

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  4. Bonne convalescence ! 🙂

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  5. juliette dit :

    j’y suis passée il y a 1 mois et j’ai 1 œil tout neuf👁 et dans quelques mois l’autre 👁 , je te souhaite de vite te rétablir ❣
    j’aime beaucoup ce morceau des Pixies 🎶

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  6. colettedc dit :

    Quelle réalisme ! Superbe texte !

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  7. giselefayet dit :

    Une atmosphère vraiment bien rendue , l’ambulatoire je connais aussi .

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    1. ibonoco dit :

      Merci de ce retour,
      Ambulatoire ! A consommer avec modération

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