J’entends la ville

Cet été de canicule à Lyon m’a donné l’occasion, outre celle de suer sang et eau, d’écouter la ville avec encore plus d’intensité que d’habitude et de la regarder avec un œil neuf.

Alors que mon appartement est pourtant doté de murs épais datant du 18ème et de jalousies, impossible ce mois d’août de maintenir une once d’espace ventilé ! Je me mis dans l’idée de chercher un peu de fraîcheur sur une terrasse du côté de la place de la Baleine.

Il est vrai que je ne prends jamais le temps de souffler, encore moins à Ainay et que mes journées sont souvent, comme nombreuses de mes congénères, proches de la course d’obstacles …voire du marathon. Et pourtant là, j’ai pris le temps de siroter un coca zéro du côté de la Saône, j’ai laissé flotter mon esprit et j’ai regardé autour de moi ce qui se tramait…

Lyon est une ville très particulière pendant les vacances, elle me rappelle le Paris que j’ai connu dans les années 90. J’aime la variété de langues étrangères ou familières que l’on entend, réaffirmant encore, s’il le fallait, sa nature métropolitaine et cosmopolite. Pour autant, elle se vide par à-coups de ses habitués et de ses voitures comme un flux sanguin qui s’échapperait peu à peu de son propre corps. Elle laisse apparaître de temps à autre son bitume tel un ventre qui se dénude à mesure de la libération des places de stationnement. Tout est fermé ou presque comme un dimanche de Saint Nicolas à Strasbourg : pas un commerce pour accueillir le Lyonnais ! Il faut alors faire des kilomètres ou presque pour acheter sa baguette de pain sous une chaleur accablante et silencieuse.

Si la ville baisse résolument son niveau sonore l’été, dans le même temps, elle est truffée de multiples chantiers et de travaux de voirie qui vous sifflent dans les oreilles et vous rallongent les parcours en bus et tramways. Véritable parcours du combattant, comme celui qui va du centre de Lyon vers sa banlieue Est ou vice et versa. Le périphérique n’est pas en reste, il ne donne pas sa part au lion avec tous ses travaux nocturnes engendrant déviations sur déviations. On ferait presque le tour du monde alors que l’on a à peine deux kilomètres de circulation la journée.

Et la nuit ! quand il fait des températures aussi élevées, la nuit, on retrouve dans le ciel la rassurante couleur de bleu du peintre Poussin qui nous remplit de bonheur et qui nous fait oublier la chaleur étouffante. Le même bleu que l’on retrouve à Marseille et à Athènes. La méditerranée est aux portes de Lyon, on sentirait presque le thym et l’olivier, d’ailleurs cela fait quelques années que l’on entend les cigales.

Puis le début du mois de septembre est arrivé si vite avec son odeur de protège cahier et de cartable neuf, sa couleur ocre bien particulière de fin de journée d’été, sa saveur de raisin.

Il suffit d’observer Lyon de l’intérieur quand on prend le métro le matin. Ça y est, la ville reprend ses esprits, elle regorge à nouveau de ses fidèles passants et émet de doux bruits d’agitation familiale sur les coups de 8h ou 8h30 du matin.

On aperçoit des enfants encore vêtus de leurs habits d’été accompagnés d’une maman en tenue estivale et en sandales ou d’un papa en pantalon de toile et en chemise légère parfois sur une trotte ou doté de vélo.

Les habitudes et les cycles de la vie de tous les jours reprennent à la rentrée mais ce qui est frappant c’est que tout est sérieux ici sans que jamais l’on ne se prenne au sérieux.

C’est ma énième rentrée, mon cartable est toujours sur mes épaules, je croise des écoliers qui me rappellent les temps où mes fils étaient des petits garçons.

Et cette fois, il n’y a ni pluie ni pavés tristes, je suis portée par la sensualité de cette ville chargée d’Histoire et d’histoires, adieu tristesse.

14 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Katia dit :

    Très beau récit! Tu me donnes envie de faire un tour vers Lyon.

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    1. ibanaca dit :

      Merci cela me touche beaucoup .cela vaut le détour

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  2. roijoyeux dit :

    j’ai habité Lyon quand j’étais petit, une période heureuse de ma vie, ville chère à mon coeur bravo pour ton beau texte qui me rappelle des beaux souvenirs de cette belle ville où « tout est sérieux sans que jamais l’on ne se prenne au sérieux. »

    Aimé par 2 personnes

    1. ibanaca dit :

      Ravie de t’avoir fait revivre ces moments

      Aimé par 1 personne

  3. iotop dit :

    Bon jour,
    Je suis allé une fois ou deux à Lyon.
    En fait, votre récit peut être celui de toute grande ville … 🙂
    Max-Louis

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  4. monett dit :

    Votre texte m’a « enchanté  » … Tout ce que je ressents sur ma « bonne ville de Lyon  » merci 🌻

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    1. ibanaca dit :

      C’est un plaisir de partager ces quelques lignes avec vous

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    1. ibanaca dit :

      Je vous remercie !

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  5. loisobleu dit :

    Merci pour et de fait je de même…

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  6. Magnifique texte un plaisir de te lire

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    1. ibanaca dit :

      Merci !

      Aimé par 1 personne

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