L’appel

Tramay Lyon

L’appel 

Vers 18h30 un lundi de septembre. Il fait encore très chaud en cette période de l’année, c’est assez inhabituel même pour un Lyonnais. L’été ne veut pas baisser les bras et se résigner à descendre de charge…

Le père :

Lui, Il est dans le tram direction Perrache. Il pense à tout et à rien à la fois. Il pense… Les paysages urbains, les tours, les bâtiments, les places défilent et défilent et défilent devant lui, d’arrêt en arrêt, impulsant ainsi un rythme d’accélération et de ralentissement propice à la somnolence. Parfois, il ne reconnaît même plus la ville tellement elle a changé, tellement lui a changé… Ce soir, il a le temps, le temps du trajet retour en tram : c’est pas désagréable pense-t-il, il suffit de s’asseoir et de se laisser transporter. C’est facile et à cette heure-là, il n’y a plus grand monde dans ce sens. Alors, il prend le temps et il appelle.

Le fils :

Ça décroche. A l’autre bout du fil, une voix, celle d’un ado qui mue, celle d’un ado que l’on dérange. Sa voix, patiente, semble déjà attendre la fin de l’appel. Elle est polie mais n’habite pas la discussion. Il n’y a d’ailleurs même pas de discussion entre ce père et ce fils qui ne se voient qu’une semaine sur deux. Cette séparation des semaines impaires est à chaque fois une espèce de blackout mis en place par le fils. Rien ne filtre ni ne passe excepté en cas de besoins : besoins que lui, le père achète ceci ou cela, que le père achète, achète et achète… Heureusement pour lui que lors des semaines paires tout change…

Le père :

La conversation est banale : quelques questions à propos de sa nouvelle classe, de ses camarades, de ses notes. Le père essaie tout de même de lancer une discussion mais pas grand-chose ne se produit, il dérange. Il n’y a pas un seul mot ce tendresse, sympa ni mêmes quelques blagues ou rires qui s’échappent des cordes vocales du fils : rien ! Rien qu’une voix qui traîne en fin de phrase sur un ton monocorde. Peut-être ne peut-il pas parler librement ? Peut-être était-il en train de jouer sur sa X-Box ? Et alors ! Il le sent, il dérange alors il lui dit simplement au revoir sans lui dire qu’il l’embrasse, sans lui dire qu’il l’aime. Il en aurait pourtant envie. Mais rien ne peut sortir, rien, aucun son. Tout reste coincé dans le fond de sa gorge. Il a les boules. Il raccroche. Over !

La vie est parfois si imprévisible. Hier, un si petit garçon sympa. Aujourd’hui, un ado chez sa mère, un ado qui ne pense qu’à son confort immédiat. Demain, un ado chez son père, adorable. La garde alternée n’est pas toujours une bonne chose pour l’amour.

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. cestecrirequiestleveritableplaisir dit :

    J’aime beaucoup😉
    Merci à vous pour votre passage sur mon blog.
    Bien à vous.
    Tony

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    1. ibonoco dit :

      Merci à vous.
      Ibonoco 😊

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  2. Je crois que la qualité dans la relation plus que la quantité est ce qui importe le plus. On peut ne voir son enfant qu’une fois par semaine, mais être disponible, tendre, aimant, bienveillant… comme on peut voir son enfant tous les jours et ne pas l’être du tout. Je pense aussi que l’amour ne se traduit pas forcément en mots. On peut ne jamais dire ‘je t’aime’ comme c’est le cas dans certaines cultures, alors qu’une multitude d’autres signes pleins d’amour, de tendresse et d’attention le disent, et l’enfant aussi bien que l’adulte le sentent, le savent.

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  3. ibonoco dit :

    Oui, l’amour ne se traduit pas forcément en mots. Et vous avez également raison de préciser que c’est la qualité de la relation qui importe le plus. Cependant, il y a des jours où le spleen prend le dessus. L’enfant, heureusement ne perçoit pas.
    😊

    Aimé par 1 personne

  4. ça c’est bien vrai, pour le spleen j’entends; et je crois bien que l’enfant, qui a une très grande sensibilité, sent toutes les variations de nos humeurs. (Comme je ne sais pas comment faire pour insérer un smiley, je le traduis en mot; sourire.)

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