ROMANCE – D’la Faute À Moi
Dimanche 4 octobre 2026, Paris 18ᵉ.
C’est dimanche, déjà ! Les semaines défilent de plus en plus vite comme si le temps n’avait plus le temps de s’arrêter, de plus en plus frénétique… mais ce dimanche-là, il fait encore très bon et beau en ce début d’après-midi 4 octobre sous un soleil parisien qui vous met instantanément en joie. Rapidement, j’enfile mes Vans noires avec leurs lacets toujours bien trop longs que je dois à chaque fois coincer à l’intérieur afin d ne pas me prendre les pieds dedans en marchant…
Je quitte le 20, rue de la Fontaine-du-But, ses pavés usés par les semelles des passants du matin allant bosser quelque part dans Paris ou sa périphérie, pressés d’aller prendre la ligne 12 à la station Lamarck Caulaincourt situées quelques marches d’escalier plus haut. D’autres préfèrent s’arrêter boire un verre Chez Rita ou manger un morceau avant d’aller vaquer à leurs occupations quotidiennes ou nocturnes. Mais peu importe ! la vie est là, tout autour de cet endroit, ça grouille de personnes qui vont et viennent dans tous les sens, ça pétille, ça frémit, ça court dans tous les sens.
Moi, je n’ai qu’une idée en tête, une idée toute simple : descendre jusqu’à la boutique de disques Balades Sonores, rue Pierre-Picard, que j’ai repérée sur internet et fouiller dans des bacs à vinyles. Sans autre urgence que celle de laisser courir mes doigts sur des pochettes, de renifler l’air ambiant, de m’imprégner de tous ces groupes de rock, d’électro, musiques du monde qui se collent les uns aux autres, serrés comme des sardines dans ses bacs de disque d‘un autre temps, un temps ou le CD n’existait pas encore. C’est aussi une bonne façon de perdre son temps. Ou de le retrouver.
Nous sommes en octobre, mais l’été fait de la résistance et tente de repousser l’automne dans les cordes comme un boxeur sur un ring. Un soleil franc, une douceur presque insolente qui vous gifle la figure. Vous savez, il fait ce temps, ce petit temps du dimanche, quand tout va bien dans votre tête, ce p’tit temps qui vous pousse dehors sans vous laisser le loisir de chercher une excuse. Aujourd’hui, l’automne attendra encore une semaine ou deux. Cet après-midi, Paris a encore les épaules nues !
Quelques pas et je rejoins la rue Francœur. J’aime bien ce nom, cette façon de d’unir ensemble la franchise et le cœur. Je poursuis mon chemin, le pas serein. Selon l’exposition, une lumière jaune accroche les façades, s’attarde au bord des fenêtres pour venir chatouiller leur vitrage. Et entre deux pans de soleil, l’ombre sait garder une fraîcheur légère sympa. Je poursuis ma marche dans cette alternance de soleil, d’ombre, sous les feuillages bien verts des arbres même si certains ont déjà perdu toutes leurs feuilles : l’été a été meurtier. Je déambule tranquillement, avec le sentiment que rien ne presse et que cela, déjà, mérite d’être savouré.
Au numéro 6, la Fémis. On y apprend ici les métiers du cinéma, à regarder, à cadrer, à donner une durée aux visages. Ce dimanche pourrait faire un joli film sans grand scénario ni moyens. Quelqu’un traverse. Un autre s’arrête. Un rire nous parvient avant le visage qui l’a laissé échapper. La vie se débrouille assez bien quand on la laisse improviser.
Au débouché sur la rue Caulaincourt, le Café Francœur installe sa terrasse dans le paysage. Des gens sont assis face à la rue, comme devant une scène où chacun passe sans savoir qu’il joue. Je longe les tables, traverse des fragments de conversation. Des p’tites phrases dont je ne connaîtrai ni le début ni la fin et qui, pourtant, suffisent à peupler l’instant.
Je m’engage rapidement rue Custine. À l’angle, L’Ascension porte un nom qui convient bien à ce quartier : ici, les rues se comparent à des montagnes et vous le font parfois sentir dans vos petits mollets. Quelle chance ! J’ai atteint le sommet et entame la descente. Je laisse mes yeux embrasser le paysage, les gens, le soleil, les arbres…
Sous les grands arbres au feuillage vert, à l’abri du soleil, les terrasses débordent de conversations qui partent dans tous les sens. La joie est là, au détour de chaque mot. Ça papote, ça échange, ça rit, ça boit des canons en série, ça fume des clopes. De l’insouciance à l’état pur ; ça fait du bien à l’âme. Mon regarde continue de scanner mon environnement qui défile au gré de la vitesse que j’impulse à mon corps. Des gens penchés les uns vers les autres, un verre à la main, occupés à refaire le monde ou simplement à profiter de l’après-midi. La lumière, par petit rai, réussit à passer entre les feuilles, vient caresser avec tendresse une joue, une épaule, puis repart sur le trottoir.
Il fait beau, vraiment très beau. C’est dingue ! Et il fait bon, il fait bon vivre. On voudrait garder à jamais en nous cette température précise, cette douceur où le corps cesse un instant de réclamer quoi que ce soit.
La vie est là, en plein mouvement, tout autour de moi.
Et les joggeurs aussi.
Il en passe de tous les côtés. Des jeunes, des vieux, des petits, des bedonnants. Des marathoniens suréquipés, prêts à traverser trois départements d’affilé sans même crever à la fin d’une crise cardiaque, et d’autres qui semblent négocier chaque foulée avec leurs poumons. Les montres connectées mesurent, les écouteurs bluetooth isolent, les chaussures de running promettent des performances insoupçonnées encore. Chacun son allure, chacun sa bataille, chacun sa vie.
Moi, je marche. Aujourd’hui, ça me va très bien.
Pour cette fois, je leur laisse le chrono. Je garde l’après-midi.
La rue Becquerel ouvre une échappée vers les hauteurs. Plus loin, la rue Lambert rejoint Custine. Je regarde ces départs de rues et imagine leurs possibilités de détour. Montmartre sait vous donner envie d’aller ailleurs alors même que vous êtes très bien là où vous êtes. L’aventure est-elle au bout de la rue ?
Les touristes ajoutent leurs voix à celles du quartier et les murmures qu’il a emmagasinés au cours de son histoire. Eugène Varlin a sans aucun doute croisé Louise Michel alors qu’elle descendait un fusil à lamain. Des accents étrangers se croisent, se mélangent, forment un tourbillon de sons qui s’engouffre dans la rue Custine. Au gré de la descente, les visages changent, les langues aussi. Paris se raconte sur quelques centaines de mètres de trottoir.
C’est aussi ça, le 18ᵉ : des gens venus d’un peu partout, qui se croisent, se coudoient et finissent parfois peut-être par échanger quelques mots. Je saisis une intonation, un accent étranger, un éclat de rire, quelques mots aussitôt emportés par la distance qui nous sépare alors que je continue d’avancer en direction de mon objectif, de ma cible de l’après-midi : me dégotter un bon disque. Quelques mots qui s’évaporent dans la tiédeur de l’air ambiant, des morceaux de vies dont je ne serai que le passant.
Je rejoins la rue de Clignancourt et poursuis – pressé – vers la rue Pierre-Picard. Les vitrines attirent le regard, les silhouettes se rapprochent, se dépassent, se séparent. Au Café du Commerce, encore une terrasse, encore des conversations qui prennent leurs aises. Une ville tient aussi par cela : quelques chaises sur un trottoir et des êtres qui trouvent encore quelque chose à se raconter.
Puis je tourne enfin rue Pierre-Picard.
Au numéro 8, Balades Sonores.
Devant la boutique, du monde. Pas mal de monde, même. Plus de jeunes que de quinquas. Des bouteilles vertes d’Heineken à la main, bien fraîches. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se joue dans cette boutique. Je pensais trouver un disquaire ; visiblement, il y a du supplément au programme.
J’entre.
Un son rock s’échappe des enceintes. À la caisse, un type à lunettes en polo orange encaisse. Certainement le patron. Il encaisse, il encaisse. La boutique tourne.
Des vinyles partout. Quelques CD, des cassettes audio d’un autre temps. Des platines posées çà et là, des amplis, de vieilles radios, des lecteurs VHS. Toute une mémoire des objets qui nous ont servi à écouter, à regarder, à rembobiner nos vies.
Je retrouve quelque chose de familier dans cet encombrement, comme un parfum d’une époque révolue – que je vois renaître sous mes yeux. Le temps où la musique occupait de la place. Où elle pesait dans un sac, prenait la poussière sur une étagère, se prêtait, se passait de main en main avec des recommandations qui ressemblaient à des mises en garde : « fais attention à celui-là, j’y tiens ».
Pour trouver son bonheur, c’est carrément le bordel.
Il faut fouiller, se pencher, déplacer son regard d’un bac à l’autre. Beaucoup de neuf, parfois à des prix qui donnent envie de reposer délicatement la pochette. Un peu d’occasion. Je regarde, je cherche, je me laisse distraire. Une image me retient, un nom me rappelle autre chose. Avec les disques, on croit chercher un album et l’on tombe sur une année entière.
Au fond, dans une autre pièce, un groupe s’installe et joue.
La chanteuse force un peu sur sa voix. Sympa, sans plus. Quelque chose entre l’intello bobo décalé et la nostalgie d’un rock poétique à moitié engagé. Je reste, j’écoute. Autour de moi, les retrouvailles continuent :
— Ça va, toi ?
— Ouais, cool. Je suis revenu sur Paris.
— On a quelques dates…
— Ah, pas mal…
Les conversations se glissent entre les morceaux, débordent parfois dessus. On parle près de l’oreille, on se reconnaît par-dessus une épaule, on lève une bouteille pour saluer quelqu’un. Depuis la rue Custine, les voix m’accompagnent. Ici, elles ont simplement trouvé une batterie, une guitare et des amplis.
Les groupes se succèdent. Puis vient le dernier : Romance, un groupe parisien venu présenter son album Promis ce soir.
Le chanteur a une bonne tête, sympa. Pantalon de ville, chemise à rayures : il a un p’tit quelque chose d’Ian Curtis. Une parenté vestimentaire, une silhouette qui réveille immédiatement quelques souvenirs. Il suffit de peu, parfois. Une façon de se tenir, une coupe de chemise, et des années que l’on croyait rangées au rayon des souvenirs miteux viennent se mettre au premier rang.
La bassiste, elle, retient mon attention par sa voix et son jeu. Excellente musicienne. Mon regard revient vers elle, puis je me surprends à suivre sa ligne de basse au milieu des autres instruments.
Au saxophone alto, un gars en polo rouge foncé. Cheveux noirs un peu longs, bouclés, moustache épaisse et lunettes fumées. Le saxo, ma foi, n’est pas dégueu. Il s’occupe aussi de la boîte à rythmes. Un virtuose de la boîte à rythme ; une p’tite touche électro se glisse dans l’ensemble, discrète, sans prendre toute la place.
Le guitariste est grand, mince, androgyne, les cheveux très longs, ondulé, presque blonds. On le dirait sorti d’un lycée du début des années quatre-vingt : le genre baba cool qui écoute du rock progressif et dont on espère pouvoir emprunter quelques disques. Je lui invente presque une chambre, des pochettes contre un mur, une chaîne hi-fi dont il faudrait surtout ne pas toucher les réglages. J’avais un pote comme ça, un baba cool… Un baba cool qui touchait déjà aux synthétiseurs, ceux de son père, à un moment où Art of Noise débutait à peine sa carrière.
Enfin, le percussionniste. Un grand steak fin, en jean et tee-shirt jaune avec une inscription évoquant New York. Il donne bien le rythme. Je suis placé non loin de lui, alors je l’observe davantage, je le scrute de haut en bas, écoute chacun de ses mots et dissèque son comportement. Quelques attitudes, un air un peu moqueur : je le trouve peu sympathique.
Dans ma tête, la sentence tombe, franchement injuste peut-être :
« Pas encore célèbre et déjà très con. »
Bon. Ce n’est que mon impression, celle d’un spectateur à quelques mètres de lui. Je ne le connais pas. Je lui prête peut-être une arrogance là où il n’y a qu’une façon d’être sur scène. Et ça ne retire rien à la qualité de ce que j’entends.
Parce que Romance me cueille.
Je cesse de détailler les fringues, les têtes, les attitudes. Je tends l’oreille. J’écoute. Je me laisse embarquer. La basse, la voix, le saxophone, cette pulsation électronique : tout trouve sa place, et moi la mienne, debout parmi les autres.
Dans cette petite pièce au fond d’un disquaire, au milieu des corps, des instruments et des bouteilles de bière, quelque chose se remet à circuler. Mon pied marque la mesure. Je ne pense plus au prochain bac à fouiller ni à l’heure qu’il peut être. Je veux entendre la suite.
J’ai kiffé ma race.
L’expression manque peut-être d’élégance, mais elle dit exactement ce qu’elle doit dire.
Dehors, les terrasses doivent encore bruire. Des joggeurs continuent sans doute de remonter les rues, les touristes de chercher leur chemin. Le dimanche poursuit sa course. Moi, je suis là, à quelques mètres d’un groupe que je ne m’attendais pas à entendre, et je souris.
J’étais descendu rue Custine pour chercher des vinyles.
Je repars avec le dernier Romance, 21 €.
J’ai retrouvé mes vingt ans, le temps de quelques titres.
John Ibonoco
John Ibonoco est une voix discrète, entre mémoire et instant présent. À travers ce blog, il propose des textes brefs, des fragments poétiques, des réflexions douces. Il n’écrit pas pour être vu, mais pour être ressenti — convaincu que ce qui compte le plus, ce n’est pas qui écrit, mais ce que les mots éveillent en nous.
ROMANCE – D’la Faute À Moi
Rue Custine, Life in Stereo
Sunday, October 4, 2026, Paris 18th
Sunday already! The weeks keep flying by faster and faster, as if time no longer had time to stop, more and more frantic… but on this particular Sunday, early in the afternoon of October 4, it’s still warm and beautiful out, under a Parisian sun that puts you in a good mood instantly. I quickly pull on my black Vans, with laces that are always way too long and that I have to tuck inside every time so I don’t trip over them as I walk…
I leave 20, rue de la Fontaine-du-But, its cobblestones worn down by the soles of morning passersby on their way to work somewhere in Paris or the suburbs, in a hurry to catch Line 12 at Lamarck–Caulaincourt station, just a few steps up the stairs. Others would rather stop for a drink at Chez Rita or grab a bite before going about their daily, or nightly, business. But never mind! Life is right here, all around this spot: people swarming, coming and going in every direction; it fizzes, it quivers, it rushes every which way.
As for me, I have just one thing on my mind, one very simple thing: to walk down to Balades Sonores, the record shop on rue Pierre-Picard I found online, and dig through the bins of vinyl records. With no other urgency than to let my fingers run across the sleeves, to sniff the air, to soak up all those rock, electro and world music bands pressed up against one another, packed like sardines in record bins from another era, a time when the CD didn’t exist yet. It’s also a good way to waste time. Or to find it again.
It’s October, but summer is putting up a fight, trying to push fall back against the ropes like a boxer in the ring. A frank sun, an almost brazen mildness that slaps you in the face. You know the kind of weather I mean, that easy Sunday weather when everything is fine in your head, the kind that pushes you outside without giving you a chance to look for an excuse. Today, fall will have to wait another week or two. This afternoon, Paris still has its shoulders bare!
A few steps and I reach rue Francœur. I like that name, the way it joins frankness and heart together. I keep going, my stride unhurried. Depending on which way they face, the buildings catch a yellow light that lingers at the edges of the windows to tickle the glass. And between two patches of sun, the shade keeps a light, pleasant coolness. I walk on through this alternation of sun and shade, beneath the trees’ lush green foliage, even though some of them have already lost all their leaves: the summer has been murderous. I wander along calmly, with the feeling that nothing is pressing, and that this alone is worth savoring.
At number 6, La Fémis. This is where they teach the trades of cinema: how to look, how to frame, how to give faces their duration. This Sunday could make a nice film, with no big screenplay and no budget. Someone crosses the street. Someone else stops. A laugh reaches us before the face that let it slip. Life manages pretty well when you let it improvise.
Where the street opens onto rue Caulaincourt, Café Francœur has set its terrace into the scenery. People sit facing the street, as if before a stage where everyone walks on without knowing they’re performing. I pass along the tables, through fragments of conversation. Little phrases whose beginning and end I’ll never know, and which are nonetheless enough to fill the moment.
I quickly turn onto rue Custine. On the corner, L’Ascension bears a name well suited to this neighborhood: here, the streets compare themselves to mountains, and sometimes make you feel it in your calves. What luck! I’ve reached the summit and begin the descent. I let my eyes take in the scenery, the people, the sun, the trees…
Under the big green-leaved trees, sheltered from the sun, the terraces overflow with conversations going off in every direction. Joy is everywhere, around every word. People chatter, swap stories, laugh, knock back glass after glass of wine, smoke cigarettes. Pure carefreeness; it does the soul good. My gaze keeps scanning my surroundings as they roll past at whatever speed I give my body. People leaning toward one another, a glass in hand, busy remaking the world or simply enjoying the afternoon. The light, in thin rays, manages to slip between the leaves, tenderly strokes a cheek, a shoulder, then heads back to the sidewalk.
It’s beautiful out, really beautiful. It’s crazy! And it’s warm, and life feels good. You’d like to keep this exact temperature inside you forever, this mildness in which the body stops wanting anything for a moment.
Life is here, in full motion, all around me.
And so are the joggers.
They come from every side. Young ones, old ones, short ones, potbellied ones. Overequipped marathoners ready to cross three counties in a row without even dropping dead of a heart attack at the finish, and others who seem to be negotiating every stride with their lungs. Smartwatches measure, Bluetooth earbuds isolate, running shoes promise performances yet undreamed of. To each their own pace, their own battle, their own life.
Me, I’m walking. Today, that suits me just fine.
This time, I’ll leave them the stopwatch. I’ll keep the afternoon.
Rue Becquerel opens a way out toward the heights. Further on, rue Lambert joins Custine. I look at these side streets branching off and picture all the detours they offer. Montmartre knows how to make you want to go elsewhere even when you’re perfectly fine where you are. Is adventure waiting at the end of the street?
The tourists add their voices to those of the neighborhood and to the murmurs it has stored up over its history. Eugène Varlin surely crossed paths with Louise Michel as she came down this way, rifle in hand. Foreign accents meet, mingle, and form a whirlwind of sound that rushes down rue Custine. As the street slopes downward, the faces change, and the languages too. Paris tells its story over a few hundred yards of sidewalk.
That’s the 18th, too: people from just about everywhere, crossing paths, brushing shoulders, and sometimes, maybe, ending up exchanging a few words. I catch an intonation, a foreign accent, a burst of laughter, a few words immediately carried off by the growing distance between us as I keep heading toward my goal, my target for the afternoon: scoring a good record. A few words that evaporate into the warm air, pieces of lives in which I’ll only ever be a passerby.
I reach rue de Clignancourt and push on, in a hurry, toward rue Pierre-Picard. The shop windows draw the eye; silhouettes come closer, overtake one another, drift apart. At the Café du Commerce, yet another terrace, more conversations settling in comfortably. A city holds together through this too: a few chairs on a sidewalk, and people who still find something to tell each other.
Then, at last, I turn onto rue Pierre-Picard.
At number 8, Balades Sonores.
Outside the shop, a crowd. Quite a crowd, actually. More young people than fifty-somethings. Green bottles of Heineken in hand, nice and cold. I don’t understand right away what’s going on in this shop. I expected to find a record store; apparently, there’s something extra on the program.
I go in.
Rock music pours out of the speakers. At the register, a guy in glasses and an orange polo shirt is ringing people up. Probably the owner. He rings them up, and up, and up. Business is booming.
Vinyl records everywhere. A few CDs, audio cassettes from another age. Turntables set down here and there, amps, old radios, VCRs. A whole memory of the objects we used to listen, to watch, to rewind our lives.
I find something familiar in all this clutter, like the scent of a bygone era that I see coming back to life before my eyes. A time when music took up space. When it weighed down a bag, gathered dust on a shelf, got lent out, passed from hand to hand with recommendations that sounded like warnings: “Be careful with that one, it means a lot to me.”
Finding what you’re looking for here is total chaos.
You have to dig, bend down, shift your eyes from one bin to the next. Lots of new stuff, sometimes at prices that make you want to gently set the sleeve back down. A bit of secondhand. I look, I search, I let myself get sidetracked. An image catches me, a name reminds me of something else. With records, you think you’re looking for an album and you stumble onto an entire year.
At the back, in another room, a band sets up and starts to play.
The singer pushes her voice a little too hard. Nice enough, nothing more. Something between offbeat hipster intellectual and nostalgia for a poetic, half-political rock. I stay, I listen. Around me, the reunions go on:
“Hey, how’re you doing?”
“Good, man. I moved back to Paris.”
“We’ve got a few gigs lined up…”
“Oh, not bad…”
The conversations slip in between songs, sometimes spill over them. People talk close to each other’s ears, recognize one another over a shoulder, raise a bottle to greet someone. Since rue Custine, voices have been keeping me company. Here, they’ve simply found a drum kit, a guitar and some amps.
The bands follow one after another. Then comes the last one: Romance, a Paris band here to present their album Promis tonight.
The singer has a good face, a friendly one. Dress pants, striped shirt: he’s got a little something of Ian Curtis about him. A sartorial kinship, a silhouette that instantly awakens a few memories. Sometimes it takes very little. A way of standing, the cut of a shirt, and years you thought had been filed away under shabby old memories come and take a seat in the front row.
The bassist, for her part, holds my attention with her voice and her playing. An excellent musician. My eyes keep coming back to her, and I catch myself following her bass line through the other instruments.
On alto sax, a guy in a dark red polo shirt. Black hair, a little long and curly, a thick mustache and tinted glasses. The sax, I have to say, isn’t half bad. He also handles the drum machine. A drum machine virtuoso; a little touch of electro slips into the mix, discreet, without taking over.
The guitarist is tall, slim, androgynous, with very long, wavy, almost blond hair. He looks like he’s stepped out of an early-eighties high school: the hippie type who listens to prog rock and whose records you hope to borrow. I almost invent a bedroom for him, album sleeves against a wall, a hi-fi system whose settings must never, ever be touched. I had a buddy like that, a hippie type… A hippie who was already messing around with synthesizers, his father’s, at a time when Art of Noise was barely starting out.
Finally, the percussionist. A tall, skinny beanpole in jeans and a yellow T-shirt with something about New York printed on it. He keeps the rhythm well. I’m standing not far from him, so I watch him more closely, look him up and down, listen to every word he says and dissect his behavior. A few attitudes, a slightly mocking air: I find him rather unlikable.
In my head, the verdict comes down, maybe frankly unfair:
“Not famous yet and already a total jerk.”
Well. That’s just my impression, the impression of a spectator a few yards away. I don’t know him. Maybe I’m reading arrogance into what is simply a way of being onstage. And it takes nothing away from the quality of what I’m hearing.
Because Romance wins me over.
I stop picking apart the clothes, the faces, the attitudes. I lend an ear. I listen. I let myself be carried away. The bass, the voice, the saxophone, that electronic pulse: everything falls into place, and so do I, standing among the others.
In this little room at the back of a record store, among the bodies, the instruments and the beer bottles, something starts flowing again. My foot taps the beat. I’m no longer thinking about the next bin to dig through or what time it might be. I want to hear what comes next.
I loved the hell out of it.
The expression may lack elegance, but it says exactly what it needs to say.
Outside, the terraces must still be buzzing. Joggers are no doubt still running up the streets, tourists still looking for their way. Sunday goes on its way. Me, I’m right here, a few yards from a band I never expected to hear, and I’m smiling.
I’d walked down rue Custine to look for vinyl records.
I’m leaving with the latest Romance album, €21.
I got my twenties back, for the length of a few songs.
John Ibonoco