It’s raining again

 

 

(Réédition du 6 février 2019)

 

UN JOUR DE PLUIE COMME UN AUTRE

Un matin pluvieux de février… Un tout petit matin pluvieux comme il y en a tant dans une vie, une vie qui peu à peu perd ses couleurs, se ternit avant de s’éteindre totalement délavée parce qu’il a trop plu alors qu’il faisait déjà beau dehors. C’est un matin avec un petit air, un air humide, sans odeurs ni saveurs particulières ; il ne fait ni chaud ni froid. Le ciel gris, lui, retient ses doux flocons immaculés – peut-être un peu trop légers en ce début d’année – et libère par milliers ses gouttes de pluie sur nos têtes encore engourdies des rêves de la nuit.

Elles tombent, tombent, tombent toujours plus, toujours plus bas, toujours plus vite tout en tentant de s’accrocher frénétiquement aux manteaux des passants. Elles rebondissent sur la toile des parapluies, ruissellent sur les mentons, dégoulinent… mais elles n’ont aucune envie de finir éclatées sur le bitume ou écrasées sous les talons de toutes ces personnes s’éparpillant sur les trottoirs à huit heures du matin.

Le trottoir ? C’est le terminus, la destination finale de la caste des invisibles, de ceux que l’on regarde sans vraiment voir parce que l’on n’a pas le temps. Le trottoir, c’est la fin d’une trajectoire, et en terme de dégringolade, on ne peut guère se fracasser plus bas : caniveaux, égouts, stations d’épuration puis retour à l’envoyeur. C’est aussi le creuset d’un monde où tout un écosystème se développe au gré des intempéries, de la misère du ventre et du bas-ventre, des a-coups et sursauts économiques, des conflits sociaux et internationaux ou tout simplement d’un algorithme d’orientation scolaire défaillant…

Alors, en ce matin pluvieux de février, les petites gouttes de pluie tombent, tombent, toujours plus, toujours plus bas et plus vite. Elles ne cessent de tomber, rouler, glisser, de quitter le navire pour retrouver souvent une liberté éphémère. Le ciel qui les accueillait déborde, les nuages sont en surcharge et c’est la chute sur le trottoir, un peu comme cette histoire racontée dans le film La haine réalisé par Mathieu Kassovitz : « C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages. A chaque étage il se répète : « Jusqu’ici tout va bien. » « Jusqu’ici tout va bien.» « Jusqu’ici tout va bien. »… mais l’important c’est pas la chute : c’est l’atterrissage. »

John Ibonoco

 

 

 

JUST ANOTHER RAINY DAY

 

A rainy morning in February… A very early rainy morning like so many in life, a life that little by little loses its colours, fades away before fading away totally washed out because it rained too much when it was already sunny outside. It’s a morning with a little air, humid air, without any particular smell or taste; it’s neither hot nor cold. As for the grey sky, it holds its soft, immaculate flakes – perhaps a little too light at the beginning of the year – and releases thousands of raindrops on our heads still numb from the dreams of the night.

They fall, fall, fall more and more, lower and lower, faster and faster while frantically trying to cling to the coats of passers-by. They bounce off the canvas of umbrellas, dripping on their chins, dripping… but they have no desire to end up bursting on the asphalt or crushed under the heels of all those people scattered on the sidewalks at eight o’clock in the morning.

The sidewalk? It’s the terminus, the final destination of the invisible caste, of those we look at without really seeing because we don’t have the time. The pavement is the end of a trajectory, and in terms of a downfall, you can hardly crash any lower: gutters, sewers, sewage treatment plants and then back to the sender. It is also the crucible of a world where a whole ecosystem develops according to the weather, the misery of the belly and lower abdomen, economic jolts and bursts, social and international conflicts or simply a failing school guidance algorithm…

So, on this rainy February morning, the little raindrops are falling, falling, falling, falling lower and lower and faster. They keep falling, rolling, slipping, leaving the ship to often find a fleeting freedom. The sky that welcomed them overflows, the clouds are overflowing and it’s the fall on the sidewalk, a bit like this story told in the film La haine directed by Mathieu Kassovitz: « It’s the story of a man who falls from a 50-storey building. On each floor he repeats: « So far so good. « So far, so good. »  » So far so good. « … but it’s not the fall that’s important, it’s the landing. »

John Ibonoco

17 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Beau texte sur la pluie, chez moi, c’est hier que la pluie est tombée, aujourd’hui, le soleil est revenu !Bonne journée.

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    1. ibonoco dit :

      Merci Marie-Christine,
      Aujourd’hui, il fait en effet un peu meilleur qu’hier. Quand il y a un rayon de soleil, on sentirait presque le printemps

      J’aime

  2. colettedc dit :

    D’après les prévisions, ici, pour nous, la pluie fera son apparition jeudi.
    Bonne journée John et merci pour ce joli texte.
    Amitiés 😘

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Ah ! Les températures ne sont plus au froid ni à la neige. Bientôt le printemps 😀.
      Belle journée Colette
      Amitiés
      John

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      1. colettedc dit :

        Oui, mais sauf qu’ici, il fait -12° dans le moment, et c’est nuageux 😃…

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      2. juliette dit :

        avant hier et hier il a neigé chez moi et aujourd’hui , ça caille : après le printemps , l’hiver, John !
        les temps sont fous , les gens sont fous, le temps est fou 😉

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        1. ibonoco dit :

          Alors soyons encore un peu fous Juliette. Je crois que j’ai perdu un peu cette folie. 😉

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  3. Petite j’aimais regarder les gouttes tomber et se perdre, tantôt sur le bitume, tantôt sur les parapluies, les vitres…C’est relaxant mais je suis une fille de la pluie!
    Belle journée John.

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    1. ibonoco dit :

      J’aime bien la pluie lorsque ses gouttes sont tièdes ; l’été quand il y a de gros orages.
      Belle soirée Fille de pluie.
      Amitiés
      John

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  4. Eh bien, moi j’aime bien la pluie, les parcours incertains qu’elle crée sur les surface lisse, les creux et interstices qu’elle remplit, le son qu’elle produit lorsqu’elle rebondit sur les toitures, la fraicheur qu’elle apporte les soirs de canicule.
    Mais je n’aime pas quand elle achève de noyer ceux qui ne peuvent pas y échapper et dont les rêves et les espoirs sont balayés par le vent de l’indifférence.

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    1. ibonoco dit :

      C’est un superbe plaidoyer en faveur de la pluie, un plaidoyer poétique que l’on pourrait développer pour en faire un très joli texte. J’espère que tu relèvera le « défi » 😉. Et belle conclusion qui tranche avec le début : un véritable cri du coeur.

      Bizzz Dom
      John

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      1. 🙂 Eh bien, je relève le défi et note dans un coin de mes petits carnets « Idées de textes », le chant de la pluie 🙂
        Bonne soirée, John.
        Dom Zéa

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        1. ibonoco dit :

          Cela m’a aussi donné des idées. J’ai adoré ton commentaire pour les raisons déjà évoquées. En ce moment, je n’ai pas trop le temps d’écrire mais j’espère également répondre à ton commentaire par un petit texte.
          Bizzz Miss Dom Zéa.
          John

          Aimé par 2 personnes

  5. Such a wonderful piece. Merci beaucoup

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Thank you for your words.

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