Going out tonight…

(réédition du 11 février 2019)

 

SORTIR CE SOIR

Hiver 1986, une journée au lycée dans le 8ème comme il y en a tant eu…

Ce soir-là, la nuit – glacée et pesante – est vite tombée sur la ville sans un mot, sans un cri, comme à son habitude en cette saison où le froid règne en maître. Pour autant, s’il n’a pas dégelé de la journée, on est loin de la rigueur de l’hiver précédent où il a fait jusqu’à – 20° C ; même les vitres des fenêtres portaient fièrement une petite couche de glace à l’intérieur des habitations…

Depuis le petit matin, les cours au lycée se succèdent en suivant toujours le même rythme, heure après heure, minute après minute, tuant chaque seconde pour les faire renaître en une éternité insoutenable qui durera jusqu’à 17 heures 30. Heureusement, chaque demi-journée d’étude est entrecoupée d’une pause où toutes les énergies accumulées peuvent se libérer. On fume des clopes, discute, rigole en buvant un café ou un chocolat. Et quand on avance dans le couloir, juste après le réfectoire, il y a la grande salle du fond avec ses deux baby-foot Bonzini, ses quatre flippers, ses tables de ping-pong et même sa radio FM – très active. Ici, l’enseignement est stricte, les profs sont d’un autre temps et sévères et les journées très longues mais cette salle de jeux est un vrai luxe, un monde dans un monde. Elle permet à l’esprit de s’évader sans sortir de l’enceinte du lycée pour ensuite lui faire reprendre docilement le chemin de l’écoute et de l’apprentissage intellectuel. Et pour les inconditionnels de la liberté non surveillée, il y a toujours la possibilité de sortir de l’établissement, d’aller à la boulangerie du coin dont la patronne doit être milliardaire en francs – avec tous ces élèves affamés – ou d’aller boire un café au Berchet, au Relais sur l’avenue Berthelot ou au Bocage près du boulevard des Etats-Unis.

Sortir un moment, respirer l’air de la ville à pleins poumons, puis boire un café noir ou un demi dans un troquet, c’est tout de même plus sympa que de rester enfermer dans un temple fût-il même de l’Éducation nationale. L’ambiance y est bonne dans ses bistrots de quartier ! L’animation est au rendez-vous, on sent battre le pouls de la vie dans nos veines et sur nos joues. Quand on pénètre à l’intérieur, on a l’impression de pousser les portes de quelque endroit malfamé et de sortir de la routine de notre quotidien de lycéen. Les odeurs de tabacs blonds et bruns, de cafés chauds, se mêlent en un arôme subtil qui imprégneront nos vêtements jusqu’au prochain lavage. La configuration des lieux est souvent la même : une grande salle avec ses vieilles tables en bois polis par les mains de générations entières de buveurs de bières, de p’tits blancs ou de cafés, un comptoir auquel s’accrochent les vieux habitués, de jeunes apprentis dealers et quelques éternels étudiants, un juke-box qui fredonne ses meilleurs titres et un peu à l’écart, une salle où tous les jeux sont permis, le tout dans une hygiène parfois bien douteuse…

A 17 heures 30, la sonnerie de la fin des cours retentit pour les plus chanceux, les élèves des classes prépa continueront au moins encore une bonne heure – un concours ça se bûche ! L’entrée dans la vie active se rapproche à grands pas pour toute une génération… mais ce n’est pas encore l’heure. La période est encore à l’insouciance d’une vie sans rides, des soirées infirmières du jeudi soir, des concerts entre potes, des week-ends à la plage dans le Sud…

A 17 heures 30, les journées en hiver ou plutôt les nuits sont longues, bien trop longues pour un moral en quête de lumière. Et chaque matin, on se lève encore drapé dans le noir de la nuit pour rentrer ensuite du lycée et prendre son bus dans le noir d’un soir déjà commencé sans surprise. Sur l’avenue Berthelot, matins comme soirs, la vie ne s’arrête jamais de circuler sur cette grande artère de la ville sauf peut-être pour certains devant les grilles du grand cimetière de la Guillotière. Matins comme soirs, on va, on vient, on s’affaire, on court pour ne pas arriver en retard au travail, et à la nuit tombée, on rentre enfin chez soi rejoindre la chaleur des bras tendus de ses enfants.

Mais ce soir-là, pas de révisions, pas de bus scolaire, pas de parents nous serinant toujours les mêmes bons conseils… Ce soir, on sort ! Ce soir, c’est l’aventure !

To be continued

John Ibonoco

Sur le même sujet, voir aussi A LA MARTIN…

GET OUT THIS EVENING

 

Winter of ’86, a day in high school in the eighth grade like so many others…

That evening, the night – icy and heavy – quickly fell on the city without a word, without a shout, as usual in this season when the cold reigns supreme. However, if it did not thaw during the day, it was far from the rigours of the previous winter when it was as cold as -20° C; even the window panes proudly carried a small layer of ice inside the houses .

Since early morning, high school classes have followed one another, always following the same rhythm, hour after hour, minute after minute, killing every second to make them reborn in an unbearable eternity that will last until 5:30 pm. Fortunately, each half-day of study is interspersed with a break where all the accumulated energies can be released. We smoke cigarettes, chat, laugh while drinking coffee or chocolate. And as you walk down the corridor, just after the refectory, there is the large room at the back with its two Bonzini table football tables, four pinball machines, table tennis tables and even its FM radio – which is very active. Here the teaching is strict, the teachers are from another time and severe and the days are very long, but this playroom is a real luxury, a world within a world. It allows the mind to escape without leaving the school grounds, and then to return meekly to the path of listening and intellectual learning. And for the unconditional fans of unsupervised freedom, there is always the possibility of leaving the school, of going to the local bakery whose owner must be a billionaire in francs – with all those hungry students – or of going for a coffee at Le Berchet, at the Relais on Avenue Berthelot or at Le Bocage near Boulevard des Etats-Unis.

Going out for a while, breathing the city air at the top of your lungs, then drinking a black coffee or half a cup of coffee in a troquet, is a lot more fun than being locked up in a temple, even if it’s a National Education temple. The atmosphere is good in its neighborhood bistros! The animation is there, we feel the pulse of life in our veins and on our cheeks. When you go inside, you feel like you’re pushing the doors of some shady place and getting out of the routine of your daily life as a high school student. The smells of blond and brown tobacco and hot coffee blend into a subtle aroma that will permeate our clothes until the next wash. The configuration of the place is often the same: a large room with old wooden tables polished by the hands of whole generations of beer drinkers, white kids or coffee drinkers, a counter to which old regulars, young apprentice dealers and a few eternal students cling, a juke-box humming its best songs and a little out of the way, a room where all games are allowed, all in a sometimes very dubious hygiene…

At 5.30 pm, the bell at the end of the lessons rings for the luckiest ones, the students of the preparation classes will continue at least another good hour – a contest it’s getting harder and harder! The start of working life is fast approaching for a whole generation… but it’s not time yet. It’s still the carefree period of a life without wrinkles, Thursday night nursing evenings, concerts with friends, weekends at the beach in the South…

At 5.30 pm, the days in winter or rather the nights are long, far too long for a morale in search of light. And every morning, we wake up again draped in the darkness of the night to come back from school and take our bus in the darkness of an evening that has already started without surprise. On the Avenue Berthelot, morning and evening, life never stops moving on this great artery of the city, except perhaps for some people in front of the gates of the great cemetery of La Guillotière. Mornings and evenings, we go, we come, we go about our business, we run so as not to be late for work, and at nightfall, we finally return home to the warmth of our children’s outstretched arms.

But that night, no studying, no school bus, no parents always giving us the same good advice… Tonight, we’re going out! Tonight is adventure!

To be continued

John Ibonoco

Sur le même sujet, voir aussi A LA MARTIN…

 

18 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Il était plutôt cool ce lycée! beau texte.

    Aimé par 2 personnes

  2. marie dit :

    bonjour John, j’ai aimé cette tranche de ta vie, cela devait être vraiment sympa. Bisous bonne journée MTH

    Aimé par 2 personnes

    1. ibonoco dit :

      Bonsoir Marie,
      C »était une autre époque comme on en a tous connue. Aujourd’hui, les temps ont changé… mais nous parfois, on peine à évoluer.
      Bonne soirée Marie.

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  3. colettedc dit :

    C’est super bon !!! Quel plaisir de t’y lire, John ! Bon mercredi ! Amitiés♥

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  4. Les jeunes ne peuvent plus écrire la même chose cette semaine 😦 mais merci pour ton texte ^^

    Aimé par 2 personnes

    1. ibonoco dit :

      En effet, et il faut les occuper, les faire travailler à la maison. Et là, ce n’est pas toujours évident 😊

      Aimé par 1 personne

      1. Enfermés, confinéééééés, on ne sortira plus jamais (les faire chanter sur l air de la reine des neiges pour les occuper…5 minutes ? ;)) Courage !

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        1. ibonoco dit :

          Merci du soutien. 😊

          J'aime

  5. Mes meilleures années furent aussi celles du lycée ! C’est toujours un plaisir de te lire John. Belle journée. Amitiés.

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    1. ibonoco dit :

      Merci Carherine.
      Il est bon de se rappeler cette période
      Amitiés
      John

      Aimé par 1 personne

  6. J’étais dans une institution religieuse, ce n’était pas cool du tout! J’ai respiré quand je suis allée à la fac!

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    1. ibonoco dit :

      Et je comprends bien. L’austérité ne convient pas à tous les esprits. La fac fut un nouvelle espace de liberté pour moi aussi (ou un autre plus vaste)

      J'aime

  7. forresting365 dit :

    I absolutely love this!!! Thank You and Cheers!!! 🙂

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    1. ibonoco dit :

      Thank you very much.
      Take care of yourself.
      John

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      1. forresting365 dit :

        My pleasure!!! And thank You. You too!!! ❤️

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  8. michusa dit :

    Memes souvenirs de lycée (moi c’était plutôt en 1982) et des sorties entre midi et deux ou lors d’une heure vide entre deux cours pour aller boire un café ou à la boulangerie ou la librairie voisine. Ou le parc municipal de l’autre cote de la rue, qui avait notre preference parce que gratuit. PS : c’était autorisé dans notre lycée (c’était uniquement un lycée, seconde à terminale, en ce temps là) donc dans notre lycée les élèves étaient libres de sortir du lycée entre les cours ou pendant la pause repas, c’était un concept relativement nouveau fin des années 70/debut des années 80 appelé « l’autodiscipline » et effectivement il n’y avait pas ou peu de pions.

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    1. ibonoco dit :

      Effectivement, on a les mêmes souvenirs : cette liberté de sortie entre les cours, le café…
      C’était la belle époque, l’époque de l’insouciance qui va de paire avec la jeunesse

      Aimé par 1 personne

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