Comme sur des rails…

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Du lundi matin au vendredi soir et durant des années se répéteront inlassablement – pour beaucoup – le même rituel quotidien, la même histoire sans paroles qui les emmèneront un jour très loin, loin d’eux-mêmes, tout au bout au bout de leur vie et de leurs peines… Et le temps aura passé en un claquement de doigts sur des journées souvent bien trop chargées en stress, pression et management pour les nuls.

En attendant que cette vie se termine, le matin, il faut se lever tôt et vite, très vite – le train-train quotidien n’attend pas, il est toujours pressé de se montrer au grand jour. Alors, machinalement, à la première sonnerie du réveil, on saute du lit et l’on se secoue énergiquement afin de chasser de son esprit les derniers résidus de rêve, les derniers bouts d’espoir d’une vie faite de douceur et de tendresse. Puis, tout s’enchaîne sans un mot, sans un sourire, de façon très mécanique avec un rapide passage par la salle de bain : on se prend les pieds dans le tapis de douche, comme tous les matins, on retrouve son équilibre par miracle et l’on passe à l’étape suivante. S’habiller n’est qu’une formalité expédiée en deux temps trois mouvements. Boire en quelques secondes un petit café noir en est une autre… et l’on part, vite-vite, bien trop vite en oubliant de fermer à clé la porte d’entrée de la maison. Mais il est déjà trop tard pour faire demi-tour, le temps presse – le petit train-train quotidien n’attend pas, il est toujours pressé de te mettre la grappin dessus…

En chemin, il faut encore déposer les enfants à l’école vite, très vite, en coup de vent, sans pouvoir les embrasser ni les étreindre ou sentir leur petite main chaude tenir la nôtre alors que nous marchons tranquillement côte à côte le temps de leur enfance. Un dernier sourire, un dernier bisou et hop, on ne peut que les regarder de dos, les regarder s’éloigner et les voir porter sur leurs frêles épaules leur énorme cartable bien trop lourd tandis qu’ils s’en vont retrouver leurs camarades pour jouer aux billes, s’échanger quelques cartes de jeux juste avant l’ouverture du portail ou se raconter quelques blagues… en pensant déjà au soir et à la liberté retrouvée de l’écolier. « En sortant de l’école nous avons rencontré un grand chemin de fer qui nous a emmenés tout autour de la terre dans un wagon doré… »

Mais déjà, vite, il faut reprendre la route et speeder comme un malade, l’école n’est qu’une étape comme une autre, un obstacle chronophage à franchir, la journée ne fait que commencer. Ici, il n’y a pas de place pour le cœur ni pour laisser les sentiments s’exprimer, on ne trouve qu’un petit tas de culpabilité à emporter avec soi pour toute la journée, un peu d’amertume qui s’accumule de jour en jour. Pendant ce temps-là, le petit train-train quotidien n’attend pas mais demain matin, il reviendra te prendre au saut du lit.

38 commentaires Ajouter un commentaire

  1. karouge dit :

    En parallèle, quand on aime son métier, les contraintes de temps et d’obligations familiales sont moindrement ressenties. (A mon avis)

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    1. ibonoco dit :

      Oui, quand on la chance de vivre de sa passion, d’aimer son métier, le temps passe différemment…. mais pendant combien de temps ?

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  2. laityndiaye dit :

    Belle musique. Love it !

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    1. ibonoco dit :

      Thank You. 😄

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  3. gibulène dit :

    quand le train-train s’arrête, aux deux-tiers de la vie
    que les enfants s’en vont vivre leurs expériences,
    qu on perd un compagnon, c’est alors qu’on se dit
    que l’on n’a rien vécu de sa propre existence….
    courir, toujours courir, est-ce la solution ?
    a lire cet article il me semble que non.

    Bon après midi John

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    1. ibonoco dit :

      Bonjour Hélène,
      Courir, toujours courir n’est pas la solution.
      Je pense que l’on progressé de prise de conscience en prise de conscience au sujet de sa propre vie. Mais ce n’est pas toujours suffisant pour améliorer ses propres conditions de vie.

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    2. ibonoco dit :

      Bon après-midi Hélène.

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  4. Alain J dit :

    Cela fait plaisir de réentendre le son des années 80 avec The Cure. Félicitations pour le texte.

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    1. ibonoco dit :

      Merci Alain pour le texte… et pour The Cure.
      Amicalement,
      john

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  5. Michel Collart dit :

    Perdre sa vie à courir pour la gagner…

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    1. ibonoco dit :

      Oui, c’est c’est l’idée.
      Et ensuite, comment faire pour la garder, et mieux la vivre.

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  6. Dieu sauvage dit :

    Belle peinture de la vie !

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  7. Métro, boulot, dodo, c »est le refrain du train-train quotidien.

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    1. ibonoco dit :

      Un refrain entêtant qui peut hypnotiser si on l’écouter trop longtemps.

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    2. karouge dit :

      Jusqu’à ce que le train déraille. Un train nommé Burn Out. Finalement le tramway, c’est mieux, quand il s’appelle Désir…

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      1. ibonoco dit :

        C’est très bien dit, cette comparaison entre ces deux trains : Burn out et Désir. Encore une fois, tu as trouvé les bons mots avec un excellent sens de la formule.

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  8. Joli texte qui nous rappelle la nécessite de ralentir et de focaliser sur la pleine conscience de l’instant présent.

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    1. ibonoco dit :

      Merci.
      Parfois il y a urgence à lever le pied.

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      1. Dans notre liste quotidienne on devrait rajouter obligation de ralentir par moment, de quitter notre mode « automatique » et se recentrer sur l’essentiel. Bonne soirée. Caroline

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        1. ibonoco dit :

          Bonne soirée Caroline.
          Il faut savoir marquer des pauses pour, en effet, pouvoir se recentrer sur l’essentiel. L’idée d’une fonction automatique pour y arriver me plaît bien.

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    2. ibonoco dit :

      Bonne fin d’après-midi
      Amitiés
      John

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  9. Jour et Nuit dit :

    La cadence inhumaine infligée par notre société qui ne laisse aucun temps disponible à la réflexion, ou du moins le moins possible, coincés que nous sommes entre nos obligations familiales et la course à la survie financière… Quelle folie que ce monde ou nous n’avons guère le temps de regarder derrière soi ou à côté de soi… Essayons la lenteur dès que possible! Le plus grand des luxes! Bonne soirée.

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    1. ibonoco dit :

      J’en suis arrivé également à faire certaines choses avec plus de lenteur et le monde ne s’est pas écroulé sous les pieds… donc je continue. C’est vrai que la lenteur est un luxe dans une société où tout va de plus en plus vite.
      Bonne soirée également.

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  10. C’est souvent ce « pilotage automatique » qui nous leurre. Tout s’enchaîne… Même pas le temps de penser à ralentir. Les pieds dans le tapis de douche : c’est tout moi aussi 🙂
    Belle façon de traduire des pages de vie que nous sommes beaucoup à partager. Perso, en marchant, je m’isole parfois de l’extérieur avec mes écouteurs et les playlists que j’aime. Comme cela je m’entends penser 🙂
    Belle soirée à toi !

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    1. ibonoco dit :

      Bonsoir Dom.
      Je vois que nous partageons effectivement quelques embûches du quotidien de la douche…
      Merci d’apprécier ces fragments de vie que je décris souvent. 😃

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      1. Merci à toi pour ton blog tellement riche et intéressant 🙂

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    2. ibonoco dit :

      Et je te souhaite une excellente et belle soirée.
      Amitiés
      John

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  11. princecranoir dit :

    Du lundi au vendredi, comme le détaille parfaitement ce texte, je voyage en ordinaire. Mais quand vient la fin de semaine, je passe en classe tous risques, rêve de tous les possibles et d’aventures extraordinaires. Mais bien vite le lundi fait son grand retour, supplice de Sisyphe qui impose par le labeur la contrainte de l’éternel recommencement…
    Merci pour ce morceau de vie tranché dans le sens de nos journées.

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  12. Juste description des quotidiens effrénés que la vie en société vous impose…
    Maintenant à la semi-retraite ( obligée ), je ne suis pas fâchée de constater que je me sens beaucoup mieux depuis que je suis descendue de ce train infernal. Quoique l’adaptation n’a pas été facile…
    Mais je regarde aller mes enfants avec leur petite famille et c’est exactement la réplique de ton texte …ou presque. Mais heureusement, ils se réservent des moments de décompression, prenant de temps en temps un weekend d’amoureux, et pleines vacances en famille à l’été et Noël …Mais est-ce suffisant pour retrouver la forme et diminuer le stress ? N’est-ce pas aussi un état d’esprit à cultiver chaque jour en prenant aussi soin de sa santé ?….Finalement, un juste équilibre d’un peu tout ça pour améliorer sa qualité de vie pour éviter de dérailler…

    Merci John pour ce texte si réaliste et quelque peu ….😊 essoufflant !
    Bonne soirée
    Manouchka

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  13. colettedc dit :

    C’est en plein ça, en effet ! Pas facile de s’en défaire de ce rythme. C’est profondément ancré en nous. Une chance, qu’avec l’âge, nous ralentissons un peu malgré nous mais … pas tant que ça, parfois.
    Bon jeudi John !

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    1. ibonoco dit :

      Bonne journée Colette,
      C,est vrai que même en prenant de l’âge, on ne ralentit pas toujours. Ceci dit, l’une des caractéristiques de la vie, c’est le mouvement et ma critique porte plus sur cette espèce de pression quotidienne que sur une accélération de la vie.
      Très bon jeudi Colette.

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  14. michusa dit :

    Excellent et d’une justesse… Merci !
    PS : les billes sont encore autorisées à l’école ? Cela me semble bien dangereux pour le monde de 2019 (sarcasme…)

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    1. ibonoco dit :

      Un peu de sarcasme ne nuit point.
      Excellente journée

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  15. gerdesilets dit :

    courage car un jour
    le train-train quotidien finit par dérailler
    et c’est pas toujours une catastrophe

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    1. ibonoco dit :

      Bonjour Gérard,

      Je te remercie. Et j’espère bien faire dérailler ce bon vieux train-train

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