Sortir ce soir… Part. 2

 

Hiver 1986, Lyon 8ème, un jeudi vers 17 heures 30, à la sortie du lycée.

La journée a été intense comme toutes les autres de la semaine et celle-ci est loin de se terminer – l’emploi du temps est chargé, très chargé et ce jusqu’au samedi midi. Et pour arriver au samedi midi, c’est un véritable parcours du combattant ! Il y en a encore des heures et des heures de cours – interminables – à se taper avant de franchir la ligne d’arrivée libératrice, ligne s’éloignant au fur et à mesure que l’on avance péniblement en tendant le bras pour la toucher du bout des doigts, et enfin pouvoir savourer un bon repos hebdomadaire qui n’aura de repos que le nom. Décidément, les week-ends sont capricieux et savent se faire attendre ! Puis, quand enfin ils sont à portée de main, ils ne s’arrêtent pas pour filer rapidement jusqu’au lundi ; c’est l’éternel recommencement des semaines scolaires s’enchaînant de façon effrénée les unes aux autres jusqu’aux vacances d’été.

C’est vrai, la journée a été intense… mais ce soir, on sort ! Ce soir, c’est l’aventure !une virée à trois, pas de profs, pas de parents, pas de devoirs ni de révisions, nada ! nothing ! rien ! Ce soir, nous serons des noctambules parmi les noctambules au royaume de l’illusoire, de l’éphémère, et d’une apparente totale liberté. Avec une centaine de francs chacun en poche, nous achèterons… deux ou trois whisky coca, un paquet de Chesterfield, un peu d’essence et l’on ira bien plus loin qu’au coin de la rue, nous irons au bout de la nuit, tout au bout, juste en ce lieu où les rayon du soleil naissent de l’obscurité. Et la nuit nous portera sur ses ailes déployées pour nous déposer à l’aube naissant devant les grilles du lycée ou avec un peu de chance chez l’un de mes potes de virée. Repos oblige ! avant d’attaquer une nouvelle journée où les intégrales, nombres complexes, cosφ et autres dérivées brilleront de tous leurs éclats devant nos yeux à moitié ouverts à ces mystères ésotériques de la vie…

22 heures, la nuits est déjà glaciale… En route sur le périph, direction l’Ouest lyonnais, on doit retrouver dans une boîte de nuit, la copine de notre chauffeur qui parallèlement à ses études participe à des défilés de mode et à des séances photo. Il faut bien reconnaître qu’elle est plutôt jolie, sensuelle, attirante, bien proportionnée, blonde et a un regard bleu pétillant à faire fondre un iceberg. Ce soir, elle aura toute l’attention du public quand star d’un soir et marchant un pied devant l’autre sur le podium, le sourire aux lèvres, elle fera un ou deux aller-retour puis s’en retournera dans les coulisses d’une carrière à peine entamée et pourtant déjà terminée… Mais comme nous avons un peu d’avance sur l’heure prévue de son défilé, nous faisons une halte à Fontaines-sur-Saône chez l’heureux propriétaire de notre formidable moyen de locomotion : il est bien le seul à en posséder un, plus un permis de conduire (ça peut aider). C’est ça le grand secret de l’interdépendance des relations humaines et de leurs fameuses interactions : une Renault 5 orange qui a déjà dû faire au moins deux guerres et un débarquement, son propriétaire et trois personnes à l’intérieur, conclusion : une seule destination possible !

23 heures 30, quand nous atteignons enfin notre lieu de destination, la salle est déjà en train de se vider ; pour un jeudi soir, il n’y a pas foule ! Les mannequins amateurs ont déjà terminé leur tour de manège, la scène n’est plus éclairée, nous venons de rater le défilé… dommage ; dommage pour mon pote qui risque de se faire engueuler par sa copine star d’un soir. Mais nous, on connaît déjà la chanson, alors on va droit au bar, autant boire un verre ou deux, «  on n’est pas là pour se faire engueuler, on était là pour voir le défilé ! ». Au comptoir, ça fume cigarettes sur cigarettes, ça consomme alcools forts, bières, ça parle fort pour se faire entendre, le volume du son étant élevé : une boîte de nuit reste une boîte de nuit même quand il n’y a plus grand monde sur la piste de danse.

Le DJ joue sur ses platines Tchiki Boum, un morceau de Niagara et ça rend plutôt bien : une lumière légèrement tamisée et bleutée, un épais nuage de fumée de cigarettes en suspension l’air, des petits groupes de personnes discutant entre elles, debout ou assises dans un coin en aparté, tout cela donne une ambiance de tripot clandestin que l’on retrouve dans les vieux films français ou américains. Vous vous laissez prendre peu à peu par la musique rythmée du morceau et la voix de la chanteuse qui vous embarque dans son histoire : « Ah tchiki boum, tchiki boum… Mon nom est tatoué sur ta peau, et sur tes reins de marins coco, entre tes bras couleur cacao, je te suivrai au bout du Congo. Une rumba contre toi, je sais bien que ça te fait chaud et froid. Un baiser électrique, tu verras enivre-toi c´est magique… Mais de toi je ferai ce que je voudrais, mais de toi je ferai ce que je voudrais… Et si tu prends mon cœur ça ne me fait pas peur, et si tu prends mon corps tu n´as pas vraiment tort… »

Tout dans l’air fleure bon cette sensation d’extrême liberté, du « ce soir tout est possible »…

To be continued

Sortir ce soir… Part 1. 

20 commentaires Ajouter un commentaire

  1. karouge dit :

    Hou là! voilà encore un petit galopin qui a fait le mur avec ses copains !

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    1. ibonoco dit :

      Juste un petit tour.

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  2. A te lire, j’essayais de me souvenir de cet hiver 1986… était-ce cet hiver-là où il fit si froid même dans le sud ?
    Alors avec un parcours scolaire et une ville, tous deux différents, il n’empêche que les bars, (description ô combien réaliste et vivante, lue dans la première partie) et la R5 et même la minette sur podium, me semblent familiers, c’est comme un retour dans le temps, sur lequel on ne s’attarde pas même si le sourire n’est pas loin aux souvenirs qui reviennent. 🙂
    Merci Ibonoco

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    1. ibonoco dit :

      Bonjour Laurence,
      C’est l’hiver 85 qui a été vraiment froid. 86 n’était pas mal non plus.
      Un petit retour dans le temps, et j’aime beaucoup ta phrase « sur lequel on ne s’attarde pas même si le sourire n’est pas loin aux souvenirs qui reviennent. » C’est cette impression que j’ai quand je repense à cette période. Merci Laurence 😊

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  3. charef dit :

    Très bien écrit. Lecture agréable. Merci pour ce voyage dans le temps.C’est comme si on y était.
    charef

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    1. ibonoco dit :

      Merci Charef.
      Retour vers le futur…
      Il me reste encore une dernière partie en guise de conclusion.
      Excellente soirée

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  4. Thank you very much for following my blog 🙂

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    1. ibonoco dit :

      You’re welcome. 😊

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  5. Bonsoirsuperbement écrit un plaisir de vous lire amicalement

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    1. ibonoco dit :

      Merci Béatrice.
      Excellente soirée 😊

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    2. ibonoco dit :

      Bonjour Béatrice,
      Je vous remercie de votre compliment…
      Au plaisir également de feuilleter les pages de votre polar.
      Excellente journée.

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      1. Bonjour Ibonoco merci beaucoup à vous au plaisir bon et doux weekend

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      2. ibonoco dit :

        Merci Béatrice.
        Excellent weekend aussi. 😊

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  6. Encore une fois, la description nous transporte sur les lieux
    d’une suite aux couleurs prometteuses, comme un avant-goût de la soirée qui est loin d’être finie…
    Comme on dit : ‘’ ça ne fait que commencer ‘’… ou ‘’ la soirée est encore jeune ‘’…
    Jeunes comme nos protagonistes qui n’ont, j’imagine, rien à leur épreuve quand il s’agit de s’amuser, de faire la fête…
    Vivement la suite John…

    Amtiés
    Manouchka

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    1. ibonoco dit :

      Merci Manoucka.
      La suite et fin. Ce soir-là, il y a eu des personnes qui se sont croisées et qui ont eu comme souvent des trajectoires différentes et vraies. Excellente soirée
      Amitiés
      John

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  7. gibulène dit :

    Le passage dans votre monde est toujours agréable. A noter que maintenant, pour 100 balles on n’aurait plus grand chose…. que la vie était belle, et on ne le savait même pas !

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    1. ibonoco dit :

      Merci Gibulène, c’est vrai que pour cent balles aujourd’hui, on n’a plus grand-chose, même pas un mars. 😊
      La vie était belle, et vous avez raison, on ne le savait même pas. C’est aussi pour cette dernière raison que j’essaie de me souvenir un peu de ces années.

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      1. gibulène dit :

        ça fait partie des démarches positives que nous devrions tous entreprendre………

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