Quand la violence devient silencieuse… ou la violence 2.0

800px-Edvard_Munch,_1893,_The_Scream,_oil,_tempera_and_pastel_on_cardboard,_91_x_73_cm,_National_Gallery_of_Norway

 

 

Etymologie express (source internet) : « Le mot violence vient du latin « violence »[ et du latin de « violentus », issu du verbe « vis » (verbe « volere ») signifiant « vouloir », découlant du mot grec « bia » (« βια » ) signifiant « la force vitale » ou « la force », « la contrainte. »

Elle est tout près, bien trop près de moi, de mon cou, de ma nuque, de mes intestins qui se contractent et me brûlent le bas du ventre dès qu’ils la sentent. Chaque jour, insensiblement, elle se rapproche lentement mais sûrement… Lentement et sûrement… c’est une certitude ! Toujours le même mode opératoire : pas à pas, elle s’approche de sa proie, décontractée, les mains dans les poches, une petite larme dans le coin de l’œil sur un air d’opéra – la violence est une grande sensible. Une toute petite larme ruisselant ostensiblement le long de son émotion le temps d’une chanson, une chanson tragique qui raconte la mort d’un enfant et l’on se remet au travail. Méthodiquement, avec une précision chirurgicale et joyeusement, elle frappera dans sa chair et son esprit celui qui n’a jamais été préparé à une telle rencontre, juste pour le plaisir de faire mal, d’asseoir sa domination et de révéler sa toute-puissance. Le mal existe, il est simplement homme ou femme. Il est simplement « humain, trop humain. »

Mais elle vient ! La violence arrive seule, toujours seule, et ce surtout si son théâtre des opérations se situe à l’abri des regards indiscrets des voisins, entre les murs du foyer familial. Là, plus de droit pénal ni civil, plus de morale ni d’éthique ni même de civilisation, la violence est souveraine et de droit divin, incontestable, brutale, bestiale et rationnelle. Elle n’a besoin de personne pour l’aider à exprimer son art de la destruction totale. Mais comme toujours elle vient ! Elle ne loupe jamais une seule séance. Quelle assiduité ! Bientôt, comme à son habitude, elle sera là, incarnée, faite de chair et d’os, de colère et de violence, d’amertume et de rage, la bave aux lèvres. Tout sourire aux lèvres aura alors disparu. Ce n’est pas la peine de porter un masque social, de feindre, il n’y a jamais aucun témoin…

Elle est là ! Je sens son souffle fétide, humide, et mortifère. Il vient se briser sur mon être en un ruissellement désagréable qui semble préfigurer une éruption volcanique imminente. Silence ! on tourne. Il n’y aura qu’une seule prise. Aujourd’hui, on réalise un film d’art et d’essai en noir et blanc  et surtout muet. Toute couleur serait superflue, tout dialogue dénaturerait l’esprit de l’auteur dans l’œuvre : son regard égotique sur un monde sans vibrations, sans âme, sans vie, sans rien. Sa vision du monde est un monstre silencieux et froid, n’espérant que le profit immédiat d’une situation insoutenable tournant invariablement à son avantage. Il faut faire mal, faire du mal, souffrir… Il faut faire souffrir l’autre pour être belle, pour bien se sentir dans sa peau. La torture quotidienne libère. Elle est salvatrice et magnifique… pour le tortionnaire.

Faire souffrir, oui ! Mais faire souffrir et torturer en silence. C’est la règle. Pas besoin de crier, de hurler, de frapper, de cogner comme un malade, la violence 2.0 est moderne et silencieuse. La violence 2.0 ou «  quand la violence devient silencieuse. » Pas besoin que son auteur soit présent, il suffit de créer une situation favorable à son plein épanouissement, à son expression, à sa libération dans l’air ambiant. Pas besoin de mots ni de paroles puisque ces dernières naissent du silence pour retourner mourir dans le silence une fois créées. Pas besoins de mots quand seuls les maux suffisent ! Alors, autant travailler directement en silence, avec le silence et sous la loi du silence, le silence est d’or dit-on. Le silence devient lui-même sentence et parole. Il dit tout haut des maux que les mots même ne connaissent pas. Quand la violence devient silencieuse, l’Enfer descend sur terre…

La violence silencieuse au sein du foyer familial crée l’Enfer sur terre. Et il l’est pour celui ou celle qui au quotidien la subit et l’accepte parce qu’elle est perfide et insidieuse. Et il l’est pour celui ou celle qui au quotidien ne sait pas la reconnaître mais lui survit par instinct alors qu’il ou elle pense vivre en toute liberté et dans la paix derrière ses volets : « Home Sweet Home. »

La violence 2.0 ? La violence 2.0, c’est un système quasi automatisé, avec des routines, des lignes de code, des règles opératoires et une interface graphique dont le but est la déconstruction mentale de l’autre – en silence – afin de s’affranchir soi-même de toutes limites et d’asseoir ainsi sa toute-puissance, celle d’un esprit tordu, détraqué. Pour autant, ce n’est pas un algorithme. Il est bien plus efficace qu’un algorithme parce qu’il est simplement « humain, trop humain ». Jour après jour, mois après mois, année après année, il se perfectionne et resserre son étau sur le cœur et la santé mentale de sa victime. C’est un système concentrationnaire annihilant l’autre dans le doute, l’affliction, le stress, l’isolement total, l’inquiétude permanente, le recours à la chimie des médicaments et au divan du thérapeute.

Quand celui qui se soigne n’est pas le vrai malade, la violence 2.0 est à l’œuvre et les dégâts sont déjà considérables…

«… là où vous autres voyez des choses idéales, moi je vois des choses humaines, hélas, bien trop humaines!… »Et je connais l’homme mieux que vous. »  (Friedrich Nietzsche in Humain, trop humain, 1888)

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