The snitch

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LE MOUCHARD

Yves Montand – La bicyclette

Les années passent, s’égrènent tranquillement au fil des saisons, les unes après les autres, plus ou moins rapidement selon l’humeur du temps, les joies d’un instant suspendu entre deux rêves d’un soir, d’une nuit d’été sans lendemain, d’un printemps pluvieux mais déjà tiède, d’un matin comme un autre – sans histoire ni espoir ni parfum, sans rien ! – , d’une journée difficile, laborieuse où l’on peine à porter son propre corps…

Les années passent, les décennies s’enchaînent et l’on passe d’un siècle à l’autre… comme ça, d’une respiration à l’autre, entre deux battements de coeur sans même le savoir. Les années passent, les décennies s’enchaînent mais les pratiques de l’Homme restent parfois les mêmes… malheureusement. Le temps a beau s’écouler toujours dans le même sens, notre monde moderne a beau toujours devenir de plus en plus moderne, il y a des choses en l’Homme qui ne changent pas et qui visiblement ne changeront jamais : sa propension à dénoncer anonymement – de manière calomnieuse l’autre par jalousie ou plaisir, peu importe, on dénonce. On a honte mais on passe outre, on s’arrange avec soi-même, on devient tout-puissant : la vie de l’autre nous appartient.

Et pendant les années 1940 sous l’Occupation, ça balançait, ça dénonçait, la délation était devenue un acte fort pour les plus faibles et les plus petits. Tout y passait : le voisin, le Juif, le voisin juif, le Résistant, le communiste, le jaloux convoitant la femme de son voisin, l’épicier, le coiffeur, le boucher, le garçon boucher… Et toi, le délateur, qui étais-tu ? Un courageux anonyme, la plupart du temps !

Mais aujourd’hui, en 2022 ? Aujourd’hui ? C’est encore et toujours la même chose : ça balance ! Ça dénonce ! Et toi ! Qui es-tu ! Un délateur anonyme, un courageux calomniateur ! Tu balances ton collègue de bureau, ton patron, ton chien, ton chat, ton poisson rouge, tout !

Les années passent, les décennies s’enchaînent mais toi le délateur anonyme, infâme calomniateur, tu survivras à toi-même.

John Ibonoco

THE SNITCH

Yves Montand – La bicyclette

The years go by, quietly passing by with the seasons, one after the other, more or less quickly according to the mood of the time, the joys of a moment suspended between two dreams of an evening, a summer night without tomorrow, a rainy spring but already warm, a morning like any other – without history nor hope nor perfume, without anything! – of a difficult, laborious day where one struggles to carry one’s own body…

The years go by, the decades follow one another and we pass from one century to another… like that, from one breath to another, between two heartbeats without even knowing it. The years pass, the decades follow one another but the practices of Man remain sometimes the same… unfortunately. Time may always flow in the same direction, our modern world may always become more and more modern, but there are some things in Man that do not change and that obviously will never change: his propensity to anonymously – and slanderously – denounce the other out of jealousy or pleasure, it doesn’t matter, we denounce. We are ashamed but we get over it, we come to terms with ourselves, we become all-powerful: the life of the other belongs to us.

During the 1940s, under the Occupation, people were snitching, denouncing, denunciation had become a strong act for the weakest and the smallest. Everything went through it: the neighbor, the Jew, the Jewish neighbor, the Resistance fighter, the communist, the jealous person coveting his neighbor’s wife, the grocer, the hairdresser, the butcher, the butcher’s boy… And you, the informer, who were you? An anonymous brave man, most of the time!

But today, in 2022? Today? It’s still the same thing: it snitches! Whistleblowers! And you! Who are you! An anonymous informer, a brave slanderer! You snitch on your office colleague, your boss, your dog, your cat, your goldfish, everything!

The years pass, the decades go by but you, the anonymous informer, the infamous slanderer, you will outlive yourself.

John Ibonoco

16 commentaires Ajouter un commentaire

  1. marie dit :

    Bonjour John, pour moi les « réseaux sociaux » sont devenus une vraie calamité! on dénonce à tout va, on envoie de fausses nouvelles etc… je pense qu’il faudrait que tout ce que l’on écrit soit signé de son nom et pas un pseudo, cela mettrait un peu d’ordre!! dénoncer anonymement que c’est facile, c’est ignoble. Quand on sait les dégâts que cela peu faire , j’en frémis. Bisous bonne fin d’après-midi MTH

    Aimé par 2 personnes

    1. André dit :

      Je suis tellement d’accord avec toi, Marie, que j’ai depuis longtemps supprimé tous mes comptes de ces réseaux asociaux. Ne reste que mon blog,où je suis seul maître, où je signe de mon nom, et où je fais de belles rencontres.

      Aimé par 1 personne

      1. ibonoco dit :

        Bonsoir André,

        Et il y a aussi une question de sécurité et de vie privée.

        J’aime

    2. ibonoco dit :

      Bonsoir Marie,

      Tu as mille fois raison en ce qui concerne les réseaux sociaux et les fameux  » haters  » anonymes.

      Mais il existe encore cette bonne vieille lettre anonyme papier. Et la méthode reste terrrrrible.
      Bisous Marie.
      Amitiés
      John

      Aimé par 1 personne

  2. André dit :

    Il y a dans l’humain le meilleur et le pire. Souvent en même temps. Mais c’est le pire des autres qui est le plus difficile à supporter.

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    1. ibonoco dit :

      Et l’on est toujours surpris.

      J’aime

  3. La délation existera encore bien après nous malheureusement.
    bonne soirée John

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Malheureusement Gyslaine. Et il ne faut pas confondre les lanceurs d’alerte et les délateurs… de la pire espèce.
      Amitiés
      John

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  4. Latmospherique dit :

    Oui de tout temps il y a eu de ces personnes et l’homme a été capable du meilleur comme du pire. Même si le pire je ne m’y fais toujours pas…
    Texte qui prend aux tripes John
    Douce journée

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    1. ibonoco dit :

      Merci Marie,
      Ce texte est un billet d’humeur, une revendication même. Ce sujet me touche de près malheureusement.

      Amitiés
      John

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      1. Latmospherique dit :

        Et bien je t’envoie de bien affectueuses pensées pour faire le contrepoids .
        Amicalement
        Marie

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  5. colettedc dit :

    C’était, et ce sera de tous les temps, encore et encore, hélas ! …
    Bonne semaine John,
    Amitiés 😘

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    1. ibonoco dit :

      Bonjour Colette,
      C’est certain. L’être humain est ainsi : il peut être très grand en tant que misérable ou en tant que génie.
      Amitiés
      John

      Aimé par 1 personne

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