The look of a child

(réédition du 9 mars 2019)

LE REGARD D’UN ENFANT

Le temps d’un souvenir, éphémère et frêle filant dans le ciel de la vie d’un père, je n’ai pas su lire dans ton regard noir et pétillant de malice l’enfant que tu n’étais plus… L’éternité a laissé sa place à la jeune femme, l’insouciance et les rires au silence de l’incompréhension, la complicité à la distance d’une relation diplomatique. L’amour est là mais il se cache ayant peur de lui-même et de tout, ne sachant plus comment parler aujourd’hui avec les mots d’antan, ne sachant plus que dire : « je t’aime » à l’imparfait alors que demain attend simplement de se lever sur une aube pleine de promesses.

Le temps d’un baiser, d’une caresse sur le front, juste avant que toutes les étoiles ne s’allument dans le ciel de ta nuit et que les rêves ne t’emportent loin, très loin des tracas des cours de récréation, je n’ai pas su voir grandir en toi cette flamme pure, ton arbre de vie offert à la joie, ton âme nue et belle dans un écrin de bonté. Le temps d’un baiser, le temps a passé ; le temps d’une caresse, le temps a accéléré sa marche laissant derrière lui les vestiges et les fragments épars de nos belles journées. Aujourd’hui, les étoiles brillent toujours dans le ciel de ta vie mais se cachent dans tes yeux, ne sachant plus comment éclairer mon regard, un regard qui peine à te voir par-delà les déchirures d’une histoire bien vite oubliée.

Ma vie est passée trop vite sur le pas de ta porte et commence déjà à se refermer sur des saisons déjà bien entamées par des années perdues à lutter contre les monstres et les cauchemars d’un être diabolique, alcoolique et narcissique. Un être qui te sourit encore d’un amour malade, d’un amour de malade, celui d’une mère qui n’aura fait qu’effleurer le mot amour du bout de ses lèvres sans jamais avoir pu l’éprouver dans ses tripes…

Mais la vie coule encore sur de nouveaux jours et s’ouvre à l’espérance d’une paix et d’une sérénité retrouvées sur des lendemains heureux. Il y a des printemps qui font renaître l’amour de ses cendres parce que l’amour est une belle rencontre et une heureuse surprise. Albert Camus a écrit « qu’il n’y a pas d’espoir de vivre sans désespoir de vivre » et aujourd’hui, le désespoir a cédé le pas à un fol espoir de vivre, « L’endroit et l’envers ». Certes, le temps continue sa marche forcée, seconde après seconde, minute après minute, nous menant par la main vers l’inéluctable, mais moi, je te tends et te tendrai – toujours – la mienne parce que je suis ton père, parce que tu es quelqu’un, parce que tu es surtout quelqu’un.

 

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Ibonoco

THE LOOK OF A CHILD

The time of a memory, ephemeral and frail, spinning in the sky of a father’s life, I could not read in your black and mischievous gaze the child you were no longer… Eternity has left its place to the young woman, carelessness and laughter to the silence of incomprehension, complicity at the distance of a diplomatic relationship. Love is there, but it hides, afraid of itself and of everything, no longer knowing how to speak today with the words of yesteryear, no longer knowing what to say: « I love you » in the imperfect, while tomorrow simply waits to rise on a dawn full of promise.

The time for a kiss, a caress on the forehead, just before all the stars light up in the sky of your night and the dreams take you far, far away from the worries of the playgrounds, I could not see you grow in you this pure flame, your tree of life offered to joy, your naked and beautiful soul in a casket of kindness. The time of a kiss, time has passed; the time of a caress, time has accelerated its march leaving behind the vestiges and scattered fragments of our beautiful days. Today, the stars still shine in the sky of your life but hide in your eyes, no longer knowing how to light my gaze, a gaze that struggles to see you beyond the tears of a history that is quickly forgotten.

My life has passed too quickly on your doorstep and is already beginning to close in on seasons already well into the future, lost years of fighting the monsters and nightmares of a diabolical, alcoholic and narcissistic being. A being who is still smiling at you with a sick love, a sick love, the love of a mother who has only touched the word love on the tip of her lips without ever having been able to feel it in her gut…

But life still flows on new days and opens up to the hope of a peace and serenity found again on happy tomorrows. There are springs that make love rise again from its ashes because love is a beautiful encounter and a happy surprise. Albert Camus wrote that « there is no hope of living without despair of living » and today, despair has given way to a mad hope of living, « L’endroit et l’envers ». Certainly, time continues its forced march, second after second, minute after minute, leading us by the hand towards the inescapable, but I hold out my hand to you and will always hold out mine because I am your father, because you are someone, because you are above all someone.

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Ibonoco

22 commentaires Ajouter un commentaire

  1. juliette dit :

    Oui, ça fonctionne , y’a le petit rectangle qui est apparu …
    un écrit très tendre comme doit être tout amour …

    J'aime

  2. ibonoco dit :

    Merci Juliette,
    Merci pour la case commentaire qui est revenue; en cas de problème, je pourrai te dire comment faire…
    Et merci pour le commentaire lui-même.
    Belle journée (en ce qui me concerne, je vais essayer de mieux la poursuivre. Aujourd’hui, les dieux sont tombés sur la tête…)
    Amitiés
    John

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  3. Ce texte est bouleversant John et je pensais justement que les commentaires étaient bloqués…
    Je suis toutefois heureuse de pouvoir poser ces mots, tellement les tiens m’ont touchée.
    Je te souhaite une agréable journée et de beaux rayons de soleil pour l’égayer.
    Marie

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    1. ibonoco dit :

      Il est parfois difficile de traiter de certains sujets qui nous touchent en profondeur. Je te remercie donc de tes mots Marie. C’est toujours un plaisir.
      John

      Aimé par 1 personne

  4. Dominique dit :

    Le père cet homme à part dans la vie d’une femme, et cette même femme tellement à part dans la vie de son père…
    La relation père-fille est parfois bien mystérieuse.
    Je n’ai jamais compris les hommes parce que je n’ai jamais compris mon père.

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    1. ibonoco dit :

      Bonjour Dominique,
      Tu as raison de dire : »Je n’ai jamais compris les hommes parce que je n’ai jamais compris mon père ». C’est une phrase magnifique que beaucoup d’hommes pourraient ou devraient méditer. En tous cas, et même dans les pires moments d’incompréhension entre père et fille, il ne faut jamais, jamais couper le lien.

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    1. ibonoco dit :

      Thank you Doree, that’s very nice of you.
      Take care
      John

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      1. Doree dit :

        You too, John!

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  5. Lia dit :

    Utterly beautiful.

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    1. ibonoco dit :

      Thank you, Lia, that’s very kind of you

      Aimé par 1 personne

  6. gibulène dit :

    que c’est beau John et tellement douloureux………… les fractures de la vie, on ne voit rien venir et l’impuissance ronge……….. un bien beau cri d’amour que peu oseraient exprimer

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    1. ibonoco dit :

      Bonsoir Hélène,
      C’est un cri d’amour, un appel pour dire je t’aime à l’autre, pardonne-moi si je n’ai pas su faire mieux.

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      1. gibulène dit :

        je ne vois pas comment on pourrait faire mieux John ! tout est là dans ces quelques lignes et la destinataire ne sait pas à quel point elle a de la chance d’être aimée de façon aussi inconditionnelle ! bonne journée à toi…..

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        1. ibonoco dit :

          Bonjour Hélène,
          Je te remercie sincèrement.
          La destinataire a un bon fond.
          A un certain âge, on découvre le monde et l’on le comprend finalement que très peu alors que l’on est persuadé du contraire.

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        2. gibulène dit :

          on acquiert surtout une sagesse qui nous permet de passer sur bien des choses et d’exprimer (enfin) ce que nous avons enfoui depuis tant d’années, avec pudeur mais sans honte. j’exprime aussi même si ça n’est pas toujours bien perçu par ma descendance qui trouve cela bêtifiant 😦 La compréhension viendra plus tard et j’espère sans provoquer de regret ou de remords, ce qui n’est pas le but

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        3. ibonoco dit :

          Merci Hélène
          Nous sommes presque dans le même cas par rapport à la compréhension qu’à notre descendance de nous.

          Aimé par 2 personnes

  7. Ton texte est réellement touchant John ! Douloureux aussi … je crois que les hommes ont bien du mal à voir leur petite fille chérie devenir femme, femme qui les renvoient peut être à celles qui les ont fait souffrir. Mais la fille qui n’est plus une enfant rêve pourtant toujours des bras et de l’amour protecteur de son père. Il suffit juste de lui dire je t’aime avec les yeux, avec les bras, avec le cœur.
    Belle soirée John.

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  8. Il y a de ces expériences de vie dont la charge émotionnelle est si intense, que parfois, elle nous vole les mots pour le dire.
    Tu as réussi John, à les trouver, pour exprimer avec douleur, mais aussi avec la tendresse d’un père aimant et présent pour sa petite fille devenue une grande.
    En plus tu nous laisses sur ce chant d’espoir magnifique :  » Il y a des printemps qui font renaître l’amour de ses cendres parce que l’amour est une belle rencontre et une heureuse surprise. »
    Oui !!!…L’Amour est une belle suite d’heureuses surprises ; ce que je te souhaite du fond de mon coeur.

    En toute amitié
    Bonne soirée John
    Manouchka

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    1. ibonoco dit :

      Bonsoir Manouchka,
      Tout d’abord, je te remercie de tes mots. Et c’est vrai qu’il faut toujours espérer qu’une belle vie est possible même lorsque tout est noir autour de soi.
      La vie et ses rencontres, belles, improbables, ce sont tout simplement de beaux cadeaux qui nous sont offerts.
      Amitiés Manouchka
      Belle nuit
      John

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  9. colettedc dit :

    Touchant et si bon partage, John !
    Chacun(e) fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il (elle) a au moment d’une étape de vie. C’est avec du recul, qu’on souhaiterait avoir fait davantage mais, ainsi va la vie !
    Bonne journée,
    Amitiés♥

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonjour Colette,
      J’apprécie tes mots pleins de sagesse et de bienveillance. On voudrait toujours faire bien et mieux, « ainsi va la vie » comme tu le dis, mais on fait surtout comme l’on peut.
      Amitiés
      John

      Aimé par 1 personne

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