Vous Z’en reprendrez bien une p’tite goutte ?

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UNE A UNE, GOUTTES, TOMBEZ !

Une à une, gouttes, tombez ! en quittant mes veines bleues !

Qui êtes à moi ! une à une, lentement,

Candidement, vous qui saignez, une à une,

Des plaies qui vous libèrent de votre prison,

De mon visage, de mon front, de mes lèvres,

De mon cœur, de la nuit intime où je me cachais, gouttes rouges exprimées, gouttes de confession,

Maculez une à une mes pages, maculez mes chansons, le moindre mot dit par moi, gouttes sanglantes,

Apprenez-leur votre chaleur écarlate, votre lueur vermeille,

Saturez-les de votre grande honte mouillée,

Rougeoyez sur tous mes écrits passés ou à venir, gouttes qui saignez,

Tout doit être vu à votre lumière, gouttes timides !

Walt Whitman (1819-1892) Feuilles d’herbes, Les cahiers Rouges, Editions Grasset & Fasquelle, Paris, 1989 pour la traduction française.

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Aller au bout de soi pour atteindre le noyau, celui où se trouve le siège de la douleur profonde, mais aussi celui de l’amour profond éclatant de lumière. Mais cette lumière qui est en soi, on ne la voit pas toujours, on ne la sent pas toujours, pourtant elle est là… Notre condition d’humain faillible, fragile, vulnérable se laisse distraire, happer par le futile, l’inconséquent qui a cette propension à voiler cette lumière, la brouiller, l’éclipser, et c’est la douleur souveraine qui règne, parce qu’on n’a pas su focaliser son esprit, son âme, son cœur et même son regard sur la lumière qui irradie d’amour et de vie, pour aller plus facilement sur le côté obscur qui fait mal à soi mais aussi aux autres. C’est si triste, si blessant pour la vie, pour cette lumière. Parfois, il faut juste laisser passer un peu de temps pour que le fleuve reprenne son cours plus serein, plus apaisé après une forte crue qui parait avoir tout noyé, tout dévasté. Merci Ibonoco pour cette magnifique poésie, qui bien que difficile par ce qu’elle véhicule, a le courage d’aller jusqu’au fond de sa douleur.

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    1. ibonoco dit :

      Merci également à vous de me transmettre vos impressions. L’être humain est faillible et réflexif. Et c’est justement parce qu’ il peut de repenser lui-même qu’il arrive parfois à dépasser ses propres failles. Mais d’autres fois, peut-être faut-il juste laisser un peu de temps pour que le fleuve reprenne le cours de son destin…

      Aimé par 1 personne

  2. iotop dit :

    Bon jour,
    Et l’air de rien elle sèche par le mot cette goutte et son ombre forme le cœur de la mémoire …
    Max-Louis

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  3. karouge dit :

    Le sang rougeoie dans le sens des cohortes
    Se blesse aux sorties de l’aorte, se bat,
    Aux portes se fracasse, imbéciles sanctions,
    Lui qui coule dans les couloirs du métro
    Devient blanc et multiple, sperme des villes,
    Toujours pressé d’en finir avec lui
    Dans les miroirs du temps, il coule
    Ses statues dans le bronze des guerres,
    Et s’oublie, comme une goutte jetée dans
    L’actualité.

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    1. ibonoco dit :

      Le sang coule dans le couloir du métro et termine sa course dans les égouts du désespoir des matins désenchantés.
      Merci l’ami de ces lignes rouges de sens

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  4. Oui faillible, mais réflexif donc en mesure de revenir sur lui-même pour tenter de comprendre ses ressorts. Merci pour ce retour.

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    1. ibonoco dit :

      Bonne fin d’après-midi.

      Aimé par 1 personne

      1. Merci. Bonne soirée à vous.

        Aimé par 1 personne

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