Supervielle… du jour

VIVRE ENCORE

Ce qu’il faut de nuit
Au-dessus des arbres,
Ce qu’il faut de fruits
Aux tables de marbre,
Ce qu’il faut d’obscur
Pour que le sang batte,
Ce qu’il faut de pur
Au cœur écarlate,
Ce qu’il faut de jour
Sur la page blanche,
Ce qu’il faut d’amour
Au fond du silence.
Et l’âme sans gloire
Qui demande à boire,
Le fil de nos jours
Chaque jour plus mince,
Et le cœur plus sourd
Les ans qui le pincent.
Nul n’entend que nous
La poulie qui grince,
Le seau est si lourd.

Jules Supervielle (1884-1960) est un poète et écrivain franco-uruguayen. Il sera fait chevalier de la Légion d’honneur et recevra le Grand prix de la littérature de l’Académie française.

Traduction approximative :

LIVING AGAIN

What it takes at night
Above the trees,
What you need in fruit
At the marble tables,
What is needed is obscure
To make the blood beat,
What is needed is pure
With a scarlet heart,
What it takes in the daytime
On the blank page,
What it takes for love
In the depths of silence.
And the soul without glory
Who asks for a drink,
The thread nowadays
Every day thinner and thinner,
And the heart more deaf
The years that pinch him.
No one hears but us
The creaking pulley,
The bucket is so heavy.

 

Jules Supervielle (1884-1960) is a Franco-Uruguayan poet and writer. He will be knighted of the Legion of Honour and will receive the Grand Prix de la littérature de l’Académie française.

 

5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. karouge dit :

    A lire (entre autre) : « L’homme de la pampa », de cet auteur assez méconnu. (c’était le petit conseil du jour)

    « Il s’imaginait avancer sous les regards tranchants des Parisiens, et que même les yeux des chevaux derrière leurs œillères, les yeux des caissières derrière leur comptoir, ceux des patrons derrière les caissières et l’œil unique de Dieu derrière les patrons, le considéraient avec curiosité et faisaient le tour de sa silhouette pour s’assurer de sa présence. » (chapître V, intitulé plan de Paris).
    Bon dimanche !

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Merci pour le petit conseil du jour. J’aime assez les auteurs que l’on ne convoque plus – beaucoup.

      J'aime

  2. Des mots simples, des vers courts, pour une résonance à la profondeur abyssale et à la justesse percutante, douloureuse même. Vivre encore que Lavilliers reprend aussi. La vie n’a pas de prix tout comme l’eau, tout comme l’amour. Une strophe de sa chanson que voici :

    Ce qu’il faut courir pour avoir le souffle
    Ce qu’il faut sentir au dessus du gouffre
    Ce qu’il faut cacher pour un mot d’amour
    Ce qu’il faut tuer pour revoir le jour
    Et vivre encore

    Aimé par 3 personnes

    1. ibonoco dit :

      Et l’écriture m’a pas de prix aussi quand les mots parlent de maux…
      Merci

      Aimé par 1 personne

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