Aux enfant d’alcooliques…
« Plus d’hommes se sont noyés dans l’alcool que dans la mer.”
Georges Victor Marcel Moineaux, dit Moineau dit Georges Courteline (1858 – 1929), dramaturge et romancier français.
Lompal – Sur le sol
LA DANSE DE L’ARSOUILLE
Tout est dans le geste, dans les vibrations de son corps et dans le balai continu de ses mains manucurées qui s’ouvrent sur le vide comme pour se saisir d’une vérité impalpable et absolue… Des mains qui s’ouvrent pour se refermer ensuite précipitamment sur un verre de rouge ou de rosé dont l’existence éphémère ne durera que le temps d’une ou deux gorgées, le temps d’un ricanement ou deux, le temps de croire que la puissance de l’Homme naît de l’empire alcoolique.
Une bouffée de chaleur court le long de son corps, parcourt son visage et vient embrumer un cerveau déjà dérangé par de longues et fidèles années de pratiques au service du diable. Puisqu’il faut être fidèle dans cette vie ou dans une autre, autant choisir son partenaire avec soin et Bacchus est un bon parti. Avec lui, les tracas du quotidien s’effacent et laissent place à la beauté de l’ivresse pure et à l’amnésie… Le balai des mains se poursuit frénétiquement de verre en verre, de gorgée en gorgée, les lèvres couleur tanin murmurant à ses jeunes enfants – présents – que la vie ne vaut d’être vécue sans un verre de vin.
Tout est dans le mouvement de ses pieds : deux pas de flamenco et trois de tango… Olé y olé ! Et c’est reparti de plus belle – la soirée sera longue, l’alcool fait son œuvre sur un cerveau déjà bien habitué à ses effets. Une gorgée de plus, une bouffée de chaleur de plus, le regard flou, une haleine qui vacille sous les coups des degrés alcooliques. Soudain, elle s’arrête brutalement au beau milieu de sa danse, le corps en attente et laisse échapper quelques mots dans l’air en articulant – miraculeusement – à la perfection chaque syllabe : du vin ! Toujours du vin ! Encore du vin ! Et ses lèvres couleur tanin murmurent dans le vide que la vie n’est pas la vie sans un verre de vin, devant ses jeunes enfants toujours présents.
Ce soir, elle mène la danse comme elle l’a d’ailleurs menée toute sa vie ; une vie ne laissant derrière elle que ruines et désolation, incompréhension et drames. Ce soir, elle est la reine de la danse. Ce soir, le verbe est en deuil. Il a perdu de sa beauté et de sa force et s’est mis à l’abri, il n’entrera pas dans la danse, la violence de l’alcolo, ce n’est pas son truc. De toute façon, « ça finit toujours pareil, je connais trop bien ce film, ça finit toujours pareil, …sur le sol, sur le sol, je ferai semblant de pas voir ma mère sur le sol » ivre morte.
John Ibonoco
To the children of alcoholics…
« More men have drowned in alcohol than in the sea.«
Georges Victor Marcel Moineaux, dit Moineau dit Georges Courteline (1858 – 1929), French playwright and novelist.
Lompal – Sur le sol
THE DRUNKARD’S DANCE
It’s all in the gesture, in the vibrations of his body and in the continuous sweep of his manicured hands that open onto the void as if to grasp an impalpable and absolute truth… Hands that open only to close again hastily on a glass of red or rosé whose ephemeral existence will last only the time of a sip or two, the time of a giggle or two, the time to believe that Man’s power is born of the alcoholic empire.
A puff of heat runs down his body, across his face and fogs a brain already deranged by long, faithful years of practice in the devil’s service. Since one must be faithful in this life or any other, one might as well choose one’s partner carefully, and Bacchus is a good match. With him, the worries of everyday life fade away, giving way to the beauty of pure intoxication and amnesia… The dance of his hands continues frantically from glass to glass, sip to sip, tannin-colored lips whispering to his young children – present – that life isn’t worth living without a glass of wine.
It’s all in the movement of her feet: two flamenco steps and three tango steps… Olé y olé! And here we go again – it’s going to be a long evening, as the alcohol takes its toll on a brain already well accustomed to its effects. One more sip, one more puff of heat, her eyes blurred, her breath wavering under the blows of alcoholic degrees. Suddenly, in the middle of her dance, she stops abruptly, her body waiting, and lets out a few words into the air, articulating – miraculously – each syllable to perfection: wine! More wine! More wine! And her tannin-colored lips whisper into the void that life isn’t life without a glass of wine, in front of her ever-present young children.
Tonight, she leads the dance as she has led it all her life, a life that has left behind only ruin and desolation, incomprehension and drama. Tonight, she is the queen of the dance. Tonight, the word is in mourning. It’s lost its beauty and strength, and has taken shelter. It won’t be joining in the dance – drunken violence isn’t its thing. Anyway, « it always ends up the same, I know this movie too well, it always ends up the same, …on the floor, on the floor, I’ll pretend I don’t see my mother on the floor » drunk as a skunk.
John Ibonoco
🩶
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