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Retour à Lisbonne

Holy Ghost – The Phaser

La piste de l’aéroport, étayée par une dense forêt de madriers de bois, est courte, mais les réacteurs de notre aéronef nous lancent puissamment dans le ciel madérien. Défilent alors sous nos yeux éblouis les éoliennes de Porta da Cruz, la petite crique de la prainha et la pointe de San Lourenço en pointillé, flèche ocre striée des fines nervures de rochers d’ébène, tachetés d’aloès et baignés de bleu lazurite. Tendue vers l’orient, elle nous montre la direction de l’île de Porto Santo qui tout là-bas se fond dans un flot de nuages irisés, comme magnétisés par sa langue de sable doré qui s’étire contre le liseré sans fin d’une onde d’écume effervescente. A peine perceptible, un sillage de tankers, sur la route de Gibraltar ou de l’Afrique, croise des lignes délicates d’esquifs navigant vers les Asturies, l’Aquitaine ou les lointaines terres du Nord. Une contorsion et le regard qui cherche par le hublot de l’aile, devine puis scrute la côte continentale, la coulée émeraude de la Sierra de Sintra, les falaises artémisienne de Cabo da Roca où, selon Luis de Camôès, « la terre finit et la mer commence » – divinité tutélaire de l’antique Pont, maîtresse avisée des horizons d’attente, déesse mère des colonies phocéennes jusqu’aux comptoirs massaliotes selon Strabon, la sœur jumelle d’Apollon, l’Isis des Égyptiens, plus tard la Diane de l’Étrusque Servius Tullius et des Romains sur les pentes de l’Aventin, Artémis chassait dans ces bordures lacustres où terre et mer se mêlent à la frontière des espaces cultivés et du monde sauvage… -, le parc floral de Monsanto, les tours de verre du nouveau Lisbonne émergeant d’une mer de paille alangui sous un halo gris bleu.

Mais mon esprit est encore à Madère, dans la fraîcheur de la treille et des fougères qui drapent les sentiers de terre fauve de quelque levada, voltigeant entre les vignes et les buissons d’hortensia, d’agapanthe et de rose fuchsia, s’enivrant des senteurs persistantes de l’eucalyptus ou du frangipanier et bercé par la douce mélodie d’un ruisseau qui serpente en susurrant le long des enclos de bananiers et des touffes de canne à sucre frémissant dans la brise légère. Je repense alors aux camélias de Monte, où l’air est plus vif ; aux asphodèles lustrées par le soleil et tressaillant au moindre souffle descendant des collines ; aux routes en lacet s’élançant à l’assaut du Pico de Serrado, dans le cirque des géants de l’île dominant le village de Curral das Freiras, où nous dégustâmes une enivrante ginja ; au damier de fine broderie en dégradés de vert des champs lilliputiens et réticulés qui surgissent de la mer, tout en bas, en terrasses conquérantes et fières; aux aigrettes corallines frissonnant dans le chatoiement rose des haies de bégonias ; au pain de sucre roussâtre de l’îlot de Mole se parant de miel et d’ambre sous les rayons du couchant, moirés par la brume pélagienne réclamant son dû…

Soudain le fauteuil vibre et tire mon âme nonchalante de sa douce rêverie, la carlingue tremble, le fuselage se cabre et l’océan s’illumine de petites pointes argentées qui s’évanouissent aussitôt qu’elles mouchettent les vagues, absorbées par la longue plage de Cascais annonçant le tapis vert et or de dunes et de landes et les moulins à vent du continent. Apparaissent ensuite le complexe pétrochimique et son enfilade de citernes ventrues et de gazomètres pointant fièrement vers le ciel, les entrepôts grisâtres et les docks s’égrainant tristement le long du Tajo, le stade de la Luz, le nœud autoroutier et des immeubles, une interminable rangée de hautes tours avec, en toile de fond, les quatre voiles tendues par des haubans d’acier du pont Vasco de Gama, ouvrant la voie du Sud, puis vient la secousse, le bref sifflement des pneus, les soubresauts de l’atterrissage et l’immobilisation finale sur le tarmac de l’aéroport de Lisbonne, la pesante machine foulant les prés paillasson écrasés par le soleil de plomb qui incendie brusquement le ciel… Je prends garde de ne pas laisser en cabine les Lusiades de Camões dont je relisais la mélopée gravée pour l’éternité sur les azulejos de l’enchanteur palais de Buçaco que nous avions visité à l’aller sur la route de Coimbra.

Trois aimables coteaux se montraient,
Dressés avec grâce et noblesse
Et revêtus d’un brillant gazon
Dans l’île belle, joyeuse et charmante.

De leurs cimes s’épanchaient
De clairs et limpides ruisseaux,
Apportant la vie à la verdure.

A travers les blancs cailloux,
L’onde babillarde et fugitive
Se frayait un chemin…

Patrick BILON le 24 juillet 2022 pour News for Ibonoco

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Holy Ghost – The Phaser

The runway of the airport, supported by a dense forest of wooden planks, is short, but the engines of our aircraft launch us powerfully in the Madeiran sky. The windmills of Porta da Cruz, the small cove of the prainha and the point of San Lourenço in dotted line, ochre arrow streaked with the fine veins of ebony rocks, spotted with aloes and bathed in lazurite blue, pass before our dazzled eyes. Stretched towards the east, it shows us the direction of the island of Porto Santo which all over there melts in a stream of iridescent clouds, as if magnetized by its tongue of golden sand that stretches against the endless border of a wave of effervescent foam. Barely perceptible, a wake of tankers, on the road to Gibraltar or Africa, crosses delicate lines of skiffs sailing towards Asturias, Aquitaine or the distant lands of the North. A contortion and the glance that looks through the window of the wing, guesses then scans the continental coast, the emerald flow of the Sierra of Sintra, the artemisian cliffs of Cabo da Roca where, according to Luis de Camôès, « the earth ends and the sea begins » – tutelary divinity of the ancient Bridge, wise mistress of the horizons of waiting, the mother goddess of the Phocaean colonies until the Massaliotes counters according to Strabo, the twin sister of Apollo, the Isis of the Egyptians, later the Diana of the Etruscan Servius Tullius and of the Romans on the slopes of the Aventine, Artemis hunted in these lacustrine borders where land and sea mingle at the border of the cultivated spaces and the wild world. .. …, the Monsanto floral park, the glass towers of the new Lisbon emerging from a sea of straw languishing under a grey-blue halo.

But my mind is still in Madeira, in the coolness of the trellis and ferns that drape the tawny dirt paths of some levada, flitting between vines and bushes of hydrangea, agapanthus and fuchsia rose, intoxicated by the lingering scent of eucalyptus or frangipani and lulled by the sweet melody of a stream that meanders and whispers along the banana enclosures and sugar cane clumps quivering in the gentle breeze. I think of the camellias of Monte, where the air is more lively; of the asphodels shining in the sun and twitching at the slightest breath coming down from the hills; of the winding roads climbing the Pico de Serrado, in the cirque of the giants of the island, dominating the village of Curral das Freiras, where we tasted an intoxicating ginja; to the checkerboard of fine embroidery in shades of green of the lilliputian and reticulated fields that emerge from the sea, all down, in conquering and proud terraces; to the coralline egrets shivering in the pink shimmer of the begonias hedges; to the russet sugar loaf of the islet of Mole adorned with honey and amber under the rays of the setting sun, moiré by the Pelagian mist claiming its due…

Suddenly the chair vibrates and pulls my nonchalant soul out of its sweet reverie, the cabin shakes, the fuselage rears up and the ocean lights up with small silver spikes that fade away as soon as they hit the waves, absorbed by the long beach of Cascais announcing the green and gold carpet of dunes and moors and the windmills of the continent. Then appear the petrochemical complex with its string of bulging tanks and gasometers pointing proudly to the sky, the gray warehouses and docks that dot the Tajo, the Luz stadium, the highway junction and buildings, an endless row of high towers with, in the background the four sails stretched by steel stays of the Vasco de Gama bridge, opening the way to the South, then comes the jolt, the brief whistling of the tires, the jolts of the landing and the final immobilization on the tarmac of the Lisbon airport, the heavy machine treading on the meadows crushed by the blazing sun that suddenly sets the sky on fire. .. I take care not to leave in the cabin the Lusiades of Camões whose melody I reread engraved for eternity on the azulejos of the enchanting palace of Buçaco that we had visited on the way to Coimbra.

Three pleasant hillsides were visible,
Erected with grace and nobility
And covered with a brilliant lawn
In the beautiful, joyful and charming island.

De leurs sommets coulaient
des ruisseaux clairs et limpides,
apportant la vie à la verdure.

Through the white pebbles,
The babbling and fleeting wave
Was making its way…

Patrick BILON on July 24, 2022 for News for Ibonoco

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Bonjour John, superbe billet, j’ai voyager grâce à tes descriptions, je pouvais m’imaginer aussi là bas. Bisous bonne journée MTH

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonjour Marie,
      Je te remercie mais il s’agit du texte de mon ami Patrick Bilon. Je lui transmettrai tes impressions.

      Bisous..
      Amitiés
      John

      J’aime

  2. Beau voyage, bien raconté.

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Merci Marie Christine. Je transmettrai à l’auteur

      J’aime

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