Nairobi Airport NBO

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Jomo Kenyatta International Airport, le 21 août 2018 à 22h11 heure locale soit 21h11 heure de Paris.

Il fait déjà nuit sur Nairobi depuis au moins deux bonnes heures. Ici, dès 18h30, l’obscurité fond sur la ville comme une proie et engloutit tout d’un seul coup sur son passage. Le moindre rayon de soleil, la moindre trace de lumière, le moindre photon disparaît dans le néant comme absorbé par un trou noir. Quant à la température de l’air, elle est encore tiède, douce et agréable bien que la ville soit située à plus de 1500 mètres d’altitude. Le thermomètre affiche encore 68 degrés Fahrenheit (20° C) ; l’hiver à Nairobi est clément pour l’homme de l’hémisphère nord. Sous les tropiques, les saisons n’ont décidément pas la même saveur que dans nos capitales européennes. Elles ont un goût ensoleillé qui pénètre l’âme par petite touche de douceur et de couleurs…

Sur le tarmac, quelques avions atterrissent tandis que d’autres montent lentement dans le ciel du Keynia. Ils s’élèvent toujours plus en bourdonnant, dépassent les nuages pour atteindre une altitude de plus de 40 000 pieds (12 000 mètres). A l’extérieur, il fait moins 51 degrés Celsius et un temps magnifique. En haut, tout là-haut, quand l’on ne sait plus si la terre existe et que les rayons du soleil s’étirent sur l’horizon à perte de vue et quand juste au-dessous n’existe qu’une mer de nuages ressemblant à une coulée de neige poudreuse, un univers apaisé et confiné s’offre au voyageur le temps d’un simple aller. En haut, tout là-haut, il fait toujours très beau même la nuit. Cette dernière est calme et cadencée par le service à bord des hôtesses et stewards ainsi que par les annonces du commandant de bord. Et chacun sa place ; chacun à sa place. Les classes économiques avec les classes économiques, les business avec les business, un rideau suffira pour délimiter la frontière de ces deux mondes. Et quant aux premières, c’est encore une autre histoire. En l’air, l’argent révèle encore mieux les réalités sociales et les limites de la mixité…

Dans la zone de transit international, la lumière est intense. Une noria de personnes hétéroclites passe d’un point à un autre, d’un guichet d’information à la salle d’attente d’un terminal… Les voyageurs, personnels d’équipage, d’entretien au sol, de l’administration locale ou de nettoyage se croisent et se recroisent. Tous ont un but : trouver sa porte d’embarquement, ne pas louper son vol, tuer le temps en déjeunant au restaurant de l’aéroport ou prendre son poste de travail. L’on pourrait presque prendre le pouls du Keynia et mesurer son activité économique..

Les couloirs de Nairobi Airport sont impeccables, les toilettes sont propres, le futur passager peut déambuler en toute tranquillité et faire quelques achats. Les boutiques proposent des t-shirts souvenirs, de l’artisanat local, rien de bien original… excepté les couleurs. Les fringues arborent toutes des couleurs vives, chaudes et fières : le bleu se marie amoureusement avec le rouge, le vert et le jaune. Des petites mains s’affairent dans les boutiques duty-free afin que tout soit juste et parfait pour le voyageur-client. Les hôtesses d’accueil sont tirées à quatre épingles et guettent du coin de l’œil une potentielle carte de crédit généreuse… Les couleurs de peau, les tenues vestimentaires, les accents se mélangent agréablement pour celui qui attentivement écoute, sent et vit cette musique des nations. Les enceintes de la zone de transit diffusent une musique locale. Non loin de là, un téléviseur retransmet un match de foot, l’accent anglais du journaliste résonne fortement et se mêle à tous les autres sons, murmure et discussions. Et pendant ce temps ? Et bien le temps s’écoule tranquillement, à son rythme, un rythme qui est celui d’une Afrique noire, anglophone et fière.

Gate 17, les passagers du vol pour Roissy CDG commencent à affluer. Le calme règne sur les bancs et sièges de la salle d’attente. Certains recherchent une prise afin de recharger leur portable ou laptop, d’autres simplement un coin tranquille pour piquer un petit somme réparateur. Beaucoup de monde, peu de bruit : le wifi y est pour beaucoup. La quasi totalité des personnes présentes a le nez sur son smartphone, tablette ou ordinateur portable, les doigts s’agitant sur l’écran tactile. A plusieurs milliers de kilomètres de Paris, la magie de la connexion instantanée prend tout son sens. Whatsapp, Messenger et tant d’autres applications travaillent en silence afin que chacun puisse contacter un frère, un père, une mère, un fils, une sœur, un pote, son boss… Se connecter ou ne pas se connecter, telle est la question…

Une hôtesse au sol lance un appel au micro ; peu de personnes se sentent concernées. Les doigts continuent de s’exciter sur les smartphones même si l’on peut percevoir la fatigue qui commence à montrer son nez. Des yeux se ferment, des têtes s’inclinent, le temps continue sa course, et le vol pour Roissy est bien annoncé, sans retard. C’est toujours rassurant de savoir qu’un retour est possible, qu’une fois embarqué, il n’y a plus qu’à se laisser faire, lire un peu, dormir ou voir un film sur la tablette de son fauteuil. L’aéroport de Nairobi est un endroit sympatique mais cinq heures d’attente avant le prochain vol alors que l’on en a déjà plusieurs autres dans les pattes, « ça commence à piquer ». Avoir le cul assis pendant plusieurs heures sur des sièges en métal n’est pas non plus un exercice aisé. Attendre, attendre, toujours et encore attendre, mal assis, crevé, c’est tout un art surtout quand il est impossible de faire autrement. Alors, observer, écouter, sentir sont autant de bonnes occupations quand il s’agit de tuer le temps. On prête attention aux discussions qui s’engagent en swahili. Les voix portent comme un chant rythmé et sans aucune agressivité. Que racontent-elles ? Peu importe ! On les perçoit comme les paroles d’une musique réchauffant délicatement une humeur attaquée par la fatigue… Encore une annonce d’une hôtesse dans le micro : l’embarquement est annoncé tandis que la salle d’attente est pleine à craquer… L’embarquement commence. Monter à bord va prendre du temps mais bon, on ne peut pas aller plus vite que l’avion lui-même alors patience. On s’installe à sa place, on boucle sa ceinture et c’est reparti.

Il est 23h59, vol KQ 112, cia Nairobi.

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