Rue de la Charité…

Rue de la Charité… entre la place Antonin Poncet et la rue Sala, le vendredi 27 juillet 2018. Demain dans la soirée, il fera un orage d’été puissant et rageur. Pour l’heure, il fait très très chaud ce midi pour le passant qui déambule d’un point vers un autre. Certains s’engouffrent dans le métro pour attraper la ligne A ou D, d’autres attendent le bus, d’autres encore quittent leur bureau pour se rendre au resto… Il y a de l’activité sur le trottoir et de la légèreté dans l’air. On va et vient en jupes, shorts, T-shirts, chemisettes, un téléphone dans une main, un mallette ou un sac à main dans l’autre. Ça discute en marchant par groupes de deux ou trois, puis on se fait la bise avant de se séparer un peu plus loin sous les arbres – aux larges feuilles bien vertes fournissant généreusement un voile d’ombre aux personnes qui attendent leur bus. A proximité, assis sur des bancs, le long du bureau de Poste de Lyon construit dans les années 30, quelques clodos vident une bouteille de bière, un Rom fait la manche tandis qu’un junky interpelle le premier venu pour lui demander du feu, une clope ou un euro.

Aujourd’hui, le temps est caniculaire. Depuis quelques jours, le thermomètre affiche des records de température avec 37° C la journée et plus de 22 C la nuit. Au quotidien, les Lyonnais souffrent dans les bureaux ; tous ne sont pas encore équipés d’une clim efficace ou d’un système de rafraîchissement. Dans la rue, les pavés et le bitume emmagasinent la chaleur, ce qui rend toute progression plus difficile qu’à l’accoutumée. Dans les transports en commun, il fleure bon les dessous de bras du matin quand il fait déjà chaud… Pour autant, les Lyonnais connaissent bien le soleil et la chaleur. Les été sont en général très chauds et les hivers froids même si depuis quelques années ils sont plus doux. En juillet et août, dans la campagne environnante, on peut entendre quelques cigales s’essayer au chant. Ce sont des habituées du coin, elles s’y sentent bien, chez elles. Il faut dire aussi qu’en trente ans, la végétation a évolué et emprunté de plus en plus au climat méditerranéen. Les palmiers chinois sont légions en ville et dans les jardins des particuliers, les oliviers sont à la mode et résistent à l’hiver. Quant aux figuiers, cela fait déjà longtemps que l’on ne les remarque plus.

Les terrasses, elles, ne désemplissent pas et restent bondées de monde sous les stores et parasols. Elles deviennent un abri, un lieu de survie, une halte pour le pèlerin urbain. Le cafetier est heureux, le cafetier est joyeux, le cafetier est accueillant. Il se frotte les mains en imaginant le chiffre d’affaire du mois. La canicules des uns fait le bonheur des autres, les tenanciers de brasseries, bars, cafés et autres commerces de proximité… Sur la place Belle cour, on distribue des petites bouteilles d’eau. La peur des incidents liée à la déshydratation est bien réelle : pas de morts sur les trottoirs ! Il faut espérer que l’on ne revivra pas la même hécatombe qu’en 2003. En France, on a évalué que 19400 personnes étaient décédées cet été-là; le mois d’août avait été particulièrement meurtrier. Les pompes funèbres, les pompiers, le SAMU, tous avaient été débordés, submergés par tous ces cadavres que l’on arrivait plus à stocker et encore moins à enterrer. Beaucoup de petits vieux étaient morts chez eux, oubliés, laissés ou délaissés par une famille partie chercher l’air de la mer ou de la montagne. Dommage que l’on ne puisse pas les abandonner sur une aire d’autoroute ; un p’tit vieux, ça finit toujours par coûter cher en entretien…

Sur les trottoirs de la rue de la Charité, en cette fin de mois de juillet, les passants vaquent à leurs occupations. Ils ont l’air heureux, décontractés. Ils ne se pressent pas – pour une fois ! Après tout, c’est l’été, c’est un bel été. Cela fait du bien au moral quand on pense au mois de juin pourri que l’on a dû supporter : le soleil, la chaleur, la douceur du printemps la nuit, on n’y croyait plus. La terre n’en pouvait plus de recevoir toute cette pluie, ces trombes de pluie qui pourrissaient tout ce qu’elles touchaient : les fruits du jardin, les légumes, les chaussures, les bas de pantalon…

Rue de la charité, en cette fin de mois de juillet 2018, on attend déjà la torpeur du mois d’août, celle qui te fait ralentir ta course parce que finalement rien ne sert de se presser en cette période. Les cafés alentour sont prêts, les fontaines de la place Antonin Poncet aussi. Le mois d’août peut commencer !

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. paulineglld02 dit :

    Je suis subjugué, vous me faites penser à ses nouveaux auteurs qui optent pour le genre du nouveau roman et c’est une belle réussite ! Continuez ainsi !

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