La plume d’Octavio

  Je commence et recommence. Mais je n’avance pas. Chaque fois qu’elle atteint les lettres fatales, la plume recule : un interdit implacable me ferme le chemin. Hier, investi des pleins pouvoirs, j’écrivais sans peine, sur la première feuille disponible : un fragment de ciel, un mur (impavide devant le soleil et mes yeux), un pré, un…

Tes yeux dans les miens

TES YEUX Tes yeux sont la patrie de l’éclair et de la larme, silence disert.   Tempêtes sans vent, mer sans vagues, oiseaux prisonniers, fauves dorés endormis, topazes impies comme la vérité.   Automne dans une clairière où la lumière chante à l’ombre d’un arbre, et où toutes les feuilles sont oiseaux, plage que le…

Sous le soleil de Mexico

VALLEE DE MEXICO Le jour déploie son corps transparent. De ses grands marteaux invisibles, la lumière me frappe. Attaché à la pierre solaire, je ne suis qu’une pause entre deux vibrations : le point vif, aiguisé, le point fixe, intersection de ces deux regards qui s’ignorent et qui se retrouvent en moi. Pactisent-ils ? Je…

Tout en haut de la colline… Octavio

  COLLINE DE L’ETOILE   Ici les anciens accueillaient le feu Ici le feu créait le monde A midi les pierres s’ouvrent comme des fruits L’eau ouvre les paupières La lumière coule sur la peau du jour Goutte immense où le temps reflète et s’apaise.     Octavio Paz (1914-1998) in Liberté sur parole (1949),…

La plume d’Octavio

  Je commence et recommence. Mais je n’avance pas. Chaque fois qu’elle atteint les lettres fatales, la plume recule : un interdit implacable me ferme le chemin. Hier, investi des pleins pouvoirs, j’écrivais sans peine, sur la première feuille disponible : un fragment de ciel, un mur (impavide devant le soleil et mes yeux), un pré, un…