UN RÊVE DANS UN RÊVE
Tiens ! ce baiser sur ton front ! Et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue : tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour, – dans une vision ou aucune, n’en est-il pour cela pas moins passé ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve dans un rêve.
Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or – bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure – pendant que je pleure ! Ô Dieu ! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre ? Ô Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?
Traduction de Stéphane Mallarmé, Les poèmes d’Edgar Poe, Posie, Éditions Gallimard, 1982.
UN RÊVE DANS UN RÊVE
Ce baiser sur le front, prends-le ! Et avant de te quitter, laisse-moi te faire au moins cet aveu : Tu ne te trompes pas, toi qui supposes que mes jours ont été un rêve. Mais que l’espoir se soit envolé au bout d’une nuit ou au bout d’un jour, — qu’il m’ait donné ou non une seule illusion, en a-t-il moins disparu pour cela ? Tout ce que nous voyons, comme tout ce que nous semblons, n’est qu’un rêve dans un rêve.
Je me tiens sur une rive tourmentée par le ressac, la mer mugit autour de moi et ma main renferme des grains du sable d’or de la plage : bien peu ! mais comme ils glissent entre mes doigts jusqu’à l’abîme, tandis que je pleure, tandis que je pleure ! Ô Dieu, ne saurais-je les retenir dans une étreinte plus ferme ? Ô Dieu, ne puis-je en sauver un, un seul, de la vague insensible ? Tout ce que nous voyons, comme tout ce que nous semblons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?
Traduction de Traduction par William Little Hughes. Contes inédits, Jules Hetzel, 1862 (p. 308-309).
Edgar Allan Poe (1809 – 1849), poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge et éditeur américain notamment traduit de l’anglais en français par Charles Baudelaire et Stéphane Mallarmé.
A DREAM WITHIN A DREAM
Take this kiss upon the brow !
And, in parting from you now,
Thus much let me avow —
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream ;
Yet if hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone ?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.
I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand —
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep — while I weep !
O God! Can I not grasp
Them with a tighter clasp ?
O God! can I not save
One from the pitiless wave ?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream ?
Edgar Allan Poe (1809 – 1849), American poet, novelist, short story writer, literary critic, playwright and editor, notably translated from English into French by Charles Baudelaire and Stéphane Mallarmé.
Bonjour John il est superbe ce poème et ce baiser sur le front me rappelle… bisous et bon après-midi MTH
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Bonsoir Marie,
Tu as de bons et beaux souvenirs… Alors, passe une belle soirée Marie.
Amitiés
John
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Avec Edgar, on est rarement déçu. Magnifique et magnétique.
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Et c’est très bien dit 😉. Les traducteurs de Mode étaient des grands aussi.
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Beau poème, sur un rêve, sur l’amour…
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Rêve et amour se conjuguent parfois très bien .
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« Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté », je ne sais pas si ça respecte mieux la lettre mais quelle puissance poétique !
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C’est en effet un superbe poème de Poe et je n’oublie pas ses traducteurs qui ont su garder la puissance de son texte.
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