Mon Québec à moi… My Quebec

(Réédition)

 » Il y a un an, mon ami Paul écrivait ces quelques lignes avec son coeur et ses tripes, exprimant ainsi de façon très personnelle son amour pour son pays, sa terre natale, le Québec… lui, Paul, dont les aïeux ont quitté un jour la Normandie pour venir s’installer au Québec. « 

John Ibonoco

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Québec

Hommes et femmes de peu, envoyés de France aux confins de lointains horizons. Leur destin ne leur appartenait pas, d’autres ayant décidé pour eux. Ils ont affronté la mer incertaine, la peur de l’inconnu, le doute, le froid trop long et la misère trop insistante. Mais par absence de choix, ils se sont accrochés à un avenir qui ne se dessinait pas d’emblée.

C’était la Nouvelle-France.

Ils se sont entêtés, ont trimé pour défricher ces terres inhospitalières, l’ont labouré à grand renfort d’espoir, l’ont semé avec la plus belle ardeur pour des lendemains qui ne furent pas toujours à la hauteur. Mais c’est ainsi que chaque génération transmit à l’autre. De telle sorte que la seconde gagnait en relatif confort avec en contrepoint un espoir de bonheur encore diffus. Ce n’était pas Byzance, c’était plutôt promesse de jours meilleurs dont ils ne savaient cependant pas mesurer la distance.

Puis, au loin en Europe, la guerre décida de leur sort.

Désormais ils ne constitueraient plus la Nouvelle-France.

Ils deviendraient dorénavant sujets de sa majesté d’Angleterre.

Sujets également à brimades et discriminations. Sujets sans verbe, objet ou complément. Sans avocat ou défenseur. Sujets livrés à eux-mêmes.

S’en suivirent deux siècles pénibles qui finirent de consacrer leur statut de laissés pour compte. La Mère Patrie les ayant complètement abandonnés et le nouveau Seigneur ne manquant pas de les exploiter, avec mépris mais surtout, sans état d’âme. C’était la loi du plus fort. C’était l’époque.

Ce n’était donc plus la Nouvelle-France. Ce fût le Bas-Canada puis après lui le Québec. Ce fut à nouveau Terra Incognita.

Jusqu’en 1960 qui marqua alors le sursaut, l’éveil, la prise en main de sa destinée. L’éveil d’une conscience identitaire. Malgré cela, le Québec reste une petite enclave qui, malgré ses succès, ne parvient pas à se mettre totalement à l’abri du mépris, de la discrimination. On pouvait se le permettre car qui pour le défendre, prendre fait et cause pour lui ? Personne. La légèreté de son petit nombre et sa différence peinent en effet à peser sur la balance de l’équité. On le dit replié sur lui-même, on moque son accent, sa candeur, sa simplicité, son ignorance, pourtant le fruit des nombreuses avanies subies de longue date.

Personne ne veut reconnaître sa résilience, son obstination à ne pas disparaître, à survivre en tant que collectif, et ce en dépit des nombreux obstacles qui ont été semés sur son chemin. Mais à force, en serrant constamment les poings et les dents, ses succès vinrent à être reconnus, ses réussites soulignées. Timidement certes, mais de plus en plus.

Le Québec a aujourd’hui fleuri. Il a réussi ce tour de force sans l’aide d’un jardinier, s’arrosant de sa propre sueur, sur un terreau aride. En dépit de cet exploit, il sait depuis toujours qu’il ne peut compter que sur lui-même et que la lutte sera sans fin. Alors nous, filles et fils de ces forcenés, soyons fiers de cet héritage lourd mais en même temps digne.

Pensant à cette aventure, il me revient la fin de la fameuse tirade du « Non Merci » de Cyrano de Bergerac qui résume fort bien l’essence de notre saga.

« Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! »

Paul Gagnon, in Québec © le 4 août 2019

« A year ago, my friend Paul wrote these few lines with his heart and his guts, expressing in a very personal way his love for his country, his native land, Quebec… he, Paul, whose ancestors left Normandy one day to settle in Quebec. « 
John Ibonoco

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Québec

Men and women of little, sent from France to the far reaches of the horizons. Their destiny was not their own, others having decided for them. They faced the uncertain sea, the fear of the unknown, the doubt, the cold too long and the misery too insistent. But for lack of choice, they clung to a future that was not immediately apparent.

It was New France.

They stubbornly worked hard to clear this inhospitable land, plowed it with great hope, sowed it with the greatest ardour for a tomorrow that did not always live up to expectations. But this is how each generation passed on to the next. In such a way that the second generation gained in relative comfort, with a hope of happiness that was still diffuse as a counterpoint. It wasn’t Byzantium, it was rather the promise of better days, the distance of which they couldn’t measure.

Then, far away in Europe, war decided their fate.

They would no longer be New France.

From now on, they would become subjects of Her Majesty’s Majesty in England.

Subjects also to bullying and discrimination. Subjects without verb, object or complement. Without lawyer or advocate. Subjects left to their own devices.

Two painful centuries followed, which ended up consecrating their status as outcasts. The Motherland had completely abandoned them and the new Lord did not fail to exploit them, with contempt but above all, without a state of mind. It was the law of the strongest. Those were the times.

It was no longer New France. It was Lower Canada and then Quebec. It was Terra Incognita again.

Until 1960, which marked the awakening, the awakening, the taking in hand of one’s destiny. The awakening of an identity consciousness. In spite of this, Quebec remains a small enclave which, despite its successes, is not totally free from contempt and discrimination. We could afford it, because who could defend it, stand up for it? No one. The lightness of his small number and his difference are indeed struggling to weigh in the balance of fairness. He is said to be withdrawn, his accent, his candor, his simplicity, his ignorance, are mocked, yet the fruit of many advances suffered long ago.

No one wants to acknowledge its resilience, its stubbornness not to disappear, to survive as a collective, despite the many obstacles that have been sown in its path. But by dint of constantly clenching his fists and teeth, his successes came to be recognized, his achievements highlighted. Timidly certainly, but more and more.

Today, Quebec has blossomed. It has succeeded in this feat without the help of a gardener, watering itself with its own sweat, on arid soil. In spite of this feat, he has always known that he can only count on himself and that the struggle will be endless. So we, daughters and sons of these madmen, are proud of this heavy but dignified heritage.

Thinking about this adventure, I am reminded of the end of the famous tirade of « No Thank You » by Cyrano de Bergerac, which sums up the essence of our saga very well.

And modest moreover, to say to oneself: « My little one »,
Be satisfied with flowers, fruits, even leaves,
If it’s in your own backyard you’re picking them!
Then, if you happen to be a little triumphant, by any chance..,
Not to be obliged to give anything back to Caesar,
To oneself to take credit for it,
In short, disdainful of being the parasitic ivy,
Even though we’re not the oak or the lime tree,
Not climbing high, maybe, but on your own! »

Paul Gagnon, in Quebec © August 4, 2019

22 commentaires Ajouter un commentaire

  1. C’est très bien raconté ! Il en aura fallut du courage et de la persévérance pour garder leur identité …
    Belle fin de journée John et amitiés.

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonsoir Catherine,
      Garder son identité et ses racines tout en faisant partie d’ un tout plus grand et épars, ce doit être plus que difficile. Mon ami le montre bien ici, et tu as raison de le souligner.
      Belle soirée
      Amitiés
      John

      Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Belle soirée Francine 😊

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  2. colettedc dit :

    C’est une belle ville ; c’est une belle histoire !
    Merci John !
    Bon vendredi,
    Bises ❤

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    1. ibonoco dit :

      Bonjour Colette,
      Ce sont ces petites histoires qui fondent notre Histoire.
      Amitiés 😊
      John

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  3. Solène Vosse dit :

    Beau texte qui me fiche un sacré coup de nostalgie.
    Oh la la, comme j’aimerais y être de cette autre côté de l’Atlantique ! Avec mes cousines chéries du Canada.
    Merci John pour ce partage. Belle journée de vendredi à toi A bientôt !

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonjour Solène,
      La Rochelle n’est qu’à quelques brasses du Canada… 😉
      Bonne journée et avec de la douceur de vivre.
      John

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      1. Solène Vosse dit :

        Tu sais que La Rochelle existe en Gaspesie ? 😊
        Merci John pour tes gentils mots. A plus tard.

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  4. Michel Collart dit :

    Merci pour ce beau texte sur cette terre où j’ai eu le bonheur de passer deux magnifiques années de ma vie. Pensées émues pour tous mes amis québécois. Michel 😉

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    1. ibonoco dit :

      Je transmettrai ton commentaire à mon ami. Je suis certain qu’il en sera touché, vraiment.
      Bonne journée Michel
      John

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      1. ashok dit :

        My pleasure 😊

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  5. Étant née au Québec (à Montréal pour être exacte), ça me parle 🙂

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    1. ibonoco dit :

      C’est plutôt bien Dom.
      Bises 😊

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  6. dixvinsblog dit :

    merci pour cet article qui parle des racines du quebec j’ai bien aimé

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    1. ibonoco dit :

      Merci à toi d’avoir apprécié ce texte

      J'aime

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