I think I’m going crazy

 

 

REGRETS

« Je ne suis qu’un fou… Je ne suis qu’un fou achevant sa course contre le mur de sa vie, un mur sans mirages ni illusions, un mur fait de briques rouges et de peine, de nostalgie et de douleurs. Le temps des regrets a passé son chemin comme la fin d’un été brûlant cherchant la fraîcheur tôt le matin dans ses premières respirations. Je n’ai plus de regrets, plus de regrets, plus aucun regret, juste quelques larmes amères coulant sur la courbe de mes joues bosselées par les intempéries d’un destin capricieux… »

Ibonoco

 

 

CHANSON DE FOU

Brisez-leur pattes et vertèbres,
Chassez les rats, les rats.
Et puis versez du froment noir,
Le soir,
Dans les ténèbres.

Jadis, lorsque mon cœur cassa,
Une femme le ramassa
Pour le donner aux rats.

— Brisez-leur pattes et vertèbres.

Souvent je les ai vus dans l’âtre,
Taches d’encre parmi le plâtre,
Qui grignottaient ma mort.

— Brisez-leur pattes et vertèbres.

L’un deux, je l’ai senti
Grimper sur moi la nuit,
Et mordre encor le fond du trou
Que fit, dans ma poitrine,
L’arrachement de mon cœur fou.

— Brisez-leur pattes et vertèbres.

Ma tête à moi les vents y passent,
Les vents qui passent sous la porte,
Et les rats noirs de haut en bas
Peuplent ma tête morte.

— Brisez-leur pattes et vertèbres.

Car personne ne sait plus rien.

Et qu’importent le mal, le bien,
Les rats, les rats sont là, par tas,
Dites, verserez-vous, ce soir,
Le froment noir,
À pleines mains, dans les ténèbres ?

 

Émile Adolphe Gustave Verhaeren, Emile Verhaeren (1855 – 1916), in Chanson de fou (1920), Les Campagnes hallucinées, Les Villes tentaculaires , Editions Gallimard, 1982, réédition de 1998, Paris, pp. 410-41 , est un poète belge flamand, d’expression française, symboliste, proche de l’anarchisme, écrivain et dramaturge.

 

 

REGRETS

« I’m just a fool… I’m just a madman racing against the wall of his life, a wall without mirages or illusions, a wall made of red bricks and sorrow, nostalgia and pain. The time of regret has passed his way like the end of a hot summer seeking the coolness of early morning in his first breaths. I have no more regrets, no more regrets, no more regrets, just a few bitter tears flowing down the curve of my cheeks bumped by the weather of a capricious fate… »

 

 

SONG OF FOOL
Break their legs and vertebrae,
Chase the rats away.
And then pour some black wheat,
At night,
In the darkness.

Once, when my heart broke,
A woman picked it up
To give to the rats.

– Break their legs and vertebrae.

I’ve often seen them in the hearth,
Ink stains among the plaster,
Nibbling away at my death.

– Break their legs and vertebrae.

One of them, I felt…
Climb on me at night,
And bite down on the bottom of the hole…
What did, in my chest,
The tearing out of my crazy heart.

– Break their legs and vertebrae.

My head, the winds pass through it,
The winds that blow under the door,
And the black rats up and down
Populate my dead head.

– Break their legs and vertebrae.

For no one knows any more.

And what does it matter if it’s bad or good?
The rats, the rats are here, in piles,
Say, will you pour tonight,
Black wheat,
Full hands, in the dark?

 

Emile Adolphe Gustave Verhaeren, Emile Verhaeren (1855 – 1916), in Chanson de fou (1920), Les Campagnes hallucinées, Les Villes tentaculaires , Editions Gallimard, 1982, reprinted 1998, Paris, pp. 410-41, is a Belgian Flemish poet, French-speaking, symbolist, close to anarchism, writer and playwright.

19 commentaires Ajouter un commentaire

  1. gibulène dit :

    Je préfère garder d’Emile le souvenir de « Décembre » appris en classe 😉 Amitiés

    Aimé par 1 personne

    1. Dominique dit :

      C’est marrant, pour moi c’est le contraire ; je me souviens qu’à l’école je n’aimais pas ses poésies (je ne me souviens d’aucune en particulier sauf du nom de ce poète qui ne m’avait pas laissé un bon souvenir) alors que maintenant je trouve ce texte assez puissant. D’ailleurs je vais retourner lire ses autres poésies, il me donne envie.
      Comme quoi !…

      Aimé par 1 personne

      1. ibonoco dit :

        Avec la temps, on redécouvre souvent les auteurs qui nous ont emmerdés sans notre jeunesse de façon positive. Peut-être est-ce dû à plus de maturité mêlée à une plus grande expérience ?

        J'aime

  2. Mais c’est un rat gond dingue !!!!

    J'aime

  3. Quel triste poème, un vrai désespoir!

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Et d’ailleurs, ce poete est mort tragiquement, écrasé par un train accidentellement en gare de Rouen il me semble.

      J'aime

  4. Dominique dit :

    La passion et le désespoir bien qu’ils fassent des ravages, sont les plus beaux écrits.

    Aimé par 2 personnes

    1. ibonoco dit :

      Je pense – certainement comme beaucoup – et pour aller sans ton sens que pour écrire de belles choses, il faut ressentir. Passion et désespoir sont deux générateurs d’émotions.

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  5. Proche de l’anarchisme, dis-tu ? Pour moi, il était plus proche du courant pacifiste pan-européen, auquel appartenaient Romain ROLLAND ou Stefan ZWEIG.
    Mais il est vrai qu’à une époque, juste avant la guerre de 14 – 18, ne pas hurler avec les loups des nationalismes, vouloir l’amitié entre les peuples, c’était déjà une forme d’anarchie.
    Bonne journée, John.

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonjour Jean-Louis,
      L’anarchisme a une longue tradition en Europe. Pacifisme, anarchie, socialisme de l’époque étaient parfois liés.
      Belle journée Jean-Louis
      John

      Aimé par 1 personne

  6. iotop dit :

    Bonjour,
    Je n’ai jamais été un bon lecteur de poésie. Mais ce panaché prose et poésie est remarquable par sa noirceur et lucidité.
    Bonne journée, John.
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonjour Max-Louis,
      Merci de tes mots
      Il est un poète à découvrir ou redécouvrir.
      Bonne journée Max-Louis
      John

      Aimé par 1 personne

  7. Je ne connaissais pas ce poète. C’est très sombre à mon goût .. est ce que tous ses écrits sont similaires ?

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Plus ou moins. Je n ai qu un recueil de lui et il est dans cette veine.

      Aimé par 1 personne

  8. Lazuli Biloba dit :

    Merci pour cette redécouverte ! Moi aussi j’en étais restée à la leçon de poésie scolaire. Son don de jouer sur des sonorités évocatrices de la nature étaient sa première qualité, si je me souviens bien. Mais là, ce désespoir magnifique… j’ai rarement lu une langue aussi puissante. Je vais reprendre la lecture de Verhaeren !
    Danielle

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      C’est un poète que j’ai redécouvert aussi il y a quelques mois. Son désespoir, sa folie parfois, m’ont touché. J’aime sa noirceur.
      Bonne soirée Danielle
      John

      Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Gracias 😊

      J'aime

  9. Lou dit :

    J’adore ! Merci pour la découverte

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