Tournesol Soutra
Simon & Garfunkel – America – 1968
J’ai marché sur les berges du dock aux bananes & boîtes en fer-blanc et je me
suis assis dans l’ombre immense d’une locomotive du Southern Pacific pour
regarder le crépuscule sur les collines à baraques et pleurer.
Jack Kerouac s’est assis près de moi sur un poteau pété de fer rouillé, compagnon,
nous avions les mêmes pensées de l’âme, mornes et sombres et l’œil triste,
entourés des racines d’acier noueuses des arbres de machinerie.
L’eau huileuse sur la rivière reflétait le ciel rouge, soleil sombra au faîte des
derniers pics de Frisco, pas de poisson dans ce cours d’eau, pas d’ermite dans
ces monts, rien que nous œil chassieux et gueule de bois comme de vieux
clochards sur la rive, fatigués et rusés.
Regarde le Tournesol, il dit, il y avait une ombre grise et morte contre le ciel,
grandeur d’homme, plantée desséchée en haut d’un tas de veille sciure –
– Je me précipitai enchanté – c’était mon premier tournesol, souvenirs de Blake –
mes visions – Harlem –
les Enfers des rivières de l’Est, ponts cliquetants Joes Greasy Sandwiches,
landaus d’enfants morts, noirs pneus lisses oubliés et jamais rechapés, le
poème de la berge, pots et capotes anglaises, couteaux en acier, rien
d’inoxydable, rien que la fange humide et des artefacts acérés comme rasoirs
glissant dans le passé –
et le Tournesol gris d’aplomb contre le soleil couchant, craquelé sans abri couvert
de suie et de smog et du poussier des locomotives du temps jadis dans son œil –
corolle de piquants troubles écrasés et brisés telle une couronne cabossée, graines
tombées de sa face, bouche bientôt édentée d’air ensoleillé, des rayons de soleil
oblitérés sur sa tête poilue comme une toile d’araignée en fil de fer cassant,
des feuilles tendues comme des bras sur la tige, gestes nés de la racine de sciure,
débris de plâtre chus des ramilles noires, une mouche crevée dans son oreille,
Quelle pauvre vieille chose impie tu étais, mon tournesol O mon âme, je t’aimais
alors !
La crasse n’était pas crasse d’homme ce n’était que mort et locomotives humaines
toute cette robe de poussière, ce voile en ténébreuse peau de chemin de fer, cette
poisse de joue, cette paupière de mouise noire, cette main de suie ou phallus ou
protubérance de fausseté plus que sale – industrielle – moderne – toute cette
civilisation souillant ta folle couronne d’or –
et ces troubles pensées de mort et ces yeux de poussière sans amour ces bouts et
ces racines desséchées en dessous dans l’édifice de sable et de sciure, dollars
en caoutchouc, peau de machinerie, boyaux et entrailles de l’auto toussotante
et pleurnicharde, boîtes en fer-blanc vides et solitaires aux langues rouillées,
quoi d’autres encore, cendres froides de quelques cigare-bite, cons des
brouettes et seins laiteux des voitures, culs de chaises usés et sphinctères de
dynamos – tout çà
empêtré dans tes racines momifiées – et toi là debout devant moi dans le couchant
toute ta gloire à même ta forme !
Une beauté parfaite de tournesol ! une existence de tournesol parfaite ravissante
excellente ! un doux regard naturel sur la nouvelle lune hip, éveillé vif et excité
embrassant dans le crépuscule ombre et soleil levant et brise mensuelle toute
d’or !
Combien de mouches vrombissaient autour de toi innocentes de ta crasse, lors que
tu maudissais les paradis du chemin de fer et ton âme de fleur ?
Pauvre fleur morte ? quand oublias-tu que tu étais une fleur ? quand as-tu regardé
ta peau et conclu que tu étais une sale vieille locomotive impuissante ? un
fantôme de locomotive ? le spectre et l’ombre d’une folle locomotive
américaine jadis puissante ?
T’as jamais été locomotive, Tournesol, tu étais un tournesol !
Et toi Locomotive, tu es une locomotive, ne m’oublie pas !
Alors j’ai attrapé le tournesol-squelette et l’ai planté à mes côtés comme un
sceptre,
et délivre mon sermon à mon âme, et à l’âme de Jack aussi, et à quiconque
l’écoutera,
– Nous ne sommes pas notre peau de crasse, nous ne sommes pas notre
locomotive effrayante et lugubre sans image, nous sommes tous au-dedans
de beaux tournesols dorés, bénis de notre propre semence & des corps-
accomplissements beaux nus dorés poilus qui grandissent en tournesols fous
noirs et formels dans le crépuscule, épiés par nos yeux dans l’ombre de la folle
locomotive berge de rivière crépuscule Frisco collines boîtes en fer-blanc
vision assise du soir.
Allen Ginsberg – 1955
Allen Ginsberg, né le 3 juin 1926 à Newark, dans le New Jersey, et décédé le 5 avril 1997 à New York, est l’un des poètes les plus emblématiques de la contre-culture américaine du 20e siècle. Reconnu comme une figure centrale de la Beat Generation, son œuvre, à la fois lyrique, provocatrice et profondément spirituelle, a marqué un tournant dans la littérature américaine en mettant en lumière la rébellion contre les conventions sociales, politiques et culturelles de l’après-guerre.
Ginsberg fait partie de ce groupe mythique d’écrivains, aux côtés de Jack Kerouac, William S. Burroughs et Neal Cassady, qui rejetaient les valeurs conservatrices de l’Amérique des années 1950. Avec la publication de son célèbre poème Howl en 1956, Ginsberg a non seulement révolutionné la poésie moderne par sa forme libre et sa voix éruptive, mais il a aussi lancé un cri d’indignation contre l’oppression, l’hypocrisie et la déshumanisation de la société américaine. Howl a fait scandale, entraînant un procès pour obscénité en raison de son contenu cru et explicitement homoérotique. Cependant, le procès s’est terminé en faveur de Ginsberg, établissant un précédent important pour la liberté d’expression dans l’art.
La Beat Generation, dont Ginsberg était l’un des principaux porte-paroles, rejetait le matérialisme, la société de consommation et les normes sociales rigides. Les beats cherchaient des expériences intérieures plus profondes, souvent à travers la spiritualité orientale, la sexualité libre ou les drogues. Ce mouvement littéraire et philosophique a pavé la voie pour les révolutions sociales des années 1960, dont la contre-culture hippie et les mouvements pour les droits civiques et la liberté sexuelle.
Ginsberg lui-même, fervent défenseur de la non-violence, a milité contre la guerre du Vietnam et a été une figure de proue dans la défense des droits des homosexuels. Son engagement politique, spirituel et artistique a inspiré de nombreux poètes et artistes des générations suivantes. Jusqu’à sa mort, Ginsberg est resté une voix vibrante de l’Amérique contestataire, cherchant à réconcilier la spiritualité et la quête de justice sociale.
Par son art et son activisme, Allen Ginsberg a marqué de son empreinte la société américaine, transformant non seulement la poésie mais aussi le regard de tout un peuple sur la liberté individuelle et l’engagement social.
John Ibonoco
Sunflower Sutra
Simon & Garfunkel – America – 1968
I walked on the banks of the tincan banana dock and sat down under the huge shade of a Southern Pacific locomotive to look at the sunset over the box house hills and cry.
Jack Kerouac sat beside me on a busted rusty iron pole, companion, we thought the same thoughts of the soul, bleak and blue and sad-eyed, surrounded by the gnarled steel roots of trees of machinery.
The oily water on the river mirrored the red sky, sun sank on top of final Frisco peaks, no fish in that stream, no hermit in those mounts, just ourselves rheumy-eyed and hung-over like old bums on the riverbank, tired and wily.
Look at the Sunflower, he said, there was a dead gray shadow against the sky, big as a man, sitting dry on top of a pile of ancient sawdust—
—I rushed up enchanted—it was my first sunflower, memories of Blake—my visions—Harlem
and Hells of the Eastern rivers, bridges clanking Joes Greasy Sandwiches, dead baby carriages, black treadless tires forgotten and unretreaded, the poem of the riverbank, condoms & pots, steel knives, nothing stainless, only the dank muck and the razor-sharp artifacts passing into the past—
and the gray Sunflower poised against the sunset, crackly bleak and dusty with the smut and smog and smoke of olden locomotives in its eye—
corolla of bleary spikes pushed down and broken like a battered crown, seeds fallen out of its face, soon-to-be-toothless mouth of sunny air, sunrays obliterated on its hairy head like a dried wire spiderweb,
leaves stuck out like arms out of the stem, gestures from the sawdust root, broke pieces of plaster fallen out of the black twigs, a dead fly in its ear,
Unholy battered old thing you were, my sunflower O my soul, I loved you then!
The grime was no man’s grime but death and human locomotives,
all that dress of dust, that veil of darkened railroad skin, that smog of cheek, that eyelid of black mis’ry, that sooty hand or phallus or protuberance of artificial worse-than-dirt—industrial—modern—all that civilization spotting your crazy golden crown—
and those blear thoughts of death and dusty loveless eyes and ends and withered roots below, in the home-pile of sand and sawdust, rubber dollar bills, skin of machinery, the guts and innards of the weeping coughing car, the empty lonely tincans with their rusty tongues alack, what more could I name, the smoked ashes of some cock cigar, the cunts of wheelbarrows and the milky breasts of cars, wornout asses out of chairs & sphincters of dynamos—all these
entangled in your mummied roots—and you there standing before me in the sunset, all your glory in your form!
A perfect beauty of a sunflower! a perfect excellent lovely sunflower existence! a sweet natural eye to the new hip moon, woke up alive and excited grasping in the sunset shadow sunrise golden monthly breeze!
How many flies buzzed round you innocent of your grime, while you cursed the heavens of the railroad and your flower soul?
Poor dead flower? when did you forget you were a flower? when did you look at your skin and decide you were an impotent dirty old locomotive? the ghost of a locomotive? the specter and shade of a once powerful mad American locomotive?
You were never no locomotive, Sunflower, you were a sunflower!
And you Locomotive, you are a locomotive, forget me not!
So I grabbed up the skeleton thick sunflower and stuck it at my side like a scepter,
and deliver my sermon to my soul, and Jack’s soul too, and anyone who’ll listen,
—We’re not our skin of grime, we’re not dread bleak dusty imageless locomotives, we’re golden sunflowers inside, blessed by our own seed & hairy naked accomplishment-bodies growing into mad black formal sunflowers in the sunset, spied on by our own eyes under the shadow of the mad locomotive riverbank sunset Frisco hilly tincan evening sitdown vision.
Allen Ginsberg – 1955
Allen Ginsberg, born on June 3, 1926, in Newark, New Jersey, and passed away on April 5, 1997, in New York City, is one of the most iconic poets of the 20th century American counterculture. A central figure of the Beat Generation, Ginsberg’s work—lyrical, provocative, and profoundly spiritual—ushered in a new era in American literature by shedding light on the rebellion against post-war social, political, and cultural conventions.
Ginsberg was part of that mythic group of writers, alongside Jack Kerouac, William S. Burroughs, and Neal Cassady, who rejected the conservative values of 1950s America. With the publication of his groundbreaking poem Howl in 1956, Ginsberg not only revolutionized modern poetry with its free form and eruptive voice, but also unleashed a powerful protest against the oppression, hypocrisy, and dehumanization prevalent in American society. Howl sparked controversy, leading to an obscenity trial due to its raw, explicitly homoerotic content. However, the trial concluded in Ginsberg’s favor, setting a significant precedent for artistic freedom of expression.
The Beat Generation, with Ginsberg as one of its leading voices, rejected materialism, consumer society, and rigid social norms. The beats sought deeper, inner experiences, often through Eastern spirituality, sexual freedom, or drugs. This literary and philosophical movement laid the groundwork for the social revolutions of the 1960s, including the hippie counterculture, the civil rights movements, and the push for sexual liberation.
Ginsberg himself, a staunch advocate of nonviolence, protested against the Vietnam War and became a vocal leader in the fight for LGBTQ rights. His political, spiritual, and artistic activism inspired countless poets and artists in the generations that followed. Up until his death, Ginsberg remained a vibrant voice of dissent in America, striving to reconcile spirituality with the pursuit of social justice.
Through his art and activism, Allen Ginsberg left an indelible mark on American society, transforming not only poetry but also how an entire nation viewed individual freedom and social engagement.
John Ibonoco
Bonjour John, je ne connaissais pas, j’aime que tu mettes la traduction, j’aime beaucoup la musique et les paroles , c’est toute une époque bisous bon après-midi MTH
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Hello Marie,
Allen Ginsberg, avec d’autres comme Jack Kerouac, a été l’un des pionniers d’un mouvement de la jeunesse américaine qui s’est ensuite répandu dans le Monde entier… ou presque. L’on connaît aujourd’hui les mouvements sociétaux qui ont secoué les années 60 et 70…
Bisous Marie
Amitiés
John
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One of my fave poets.
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