The air is not free like air

« Nous vivons tous en apnée, avec un mal de chien pour choper deci delà une p’tite bouffé d’oxygène, juste une p’tite bouffée, pour nous donner la force de continuer à avancer dans le noir de notre époque… »

John Ibonoco

je vis en apnée
parfois je respire j’émerge libre
et je fais le plein cool mais je m’enfonce
et je force je m’efforce je m’essouffle
dans l’espoir absurde de nager
je perds pied coule
j’ai perdu l’air
ce n’est pas vrai qu’il est partout
l’air n’est pas libre comme l’air
prendre l’air m’est défendu
ce serait le voler je n’en peux plus
l’indécence de l’eau me délivre
au moment où le mal m’enivre

Hervé Prudon, (1950 – 2017), in Devant la mort, poèmes, Carnet I, Editions GALLIMARD, nrf, Paris, 2018,pp.10., est un écrivain, journaliste et scénariste français, spécialisé dans le roman policier et la littérature d’enfance et de jeunesse. Il a également ce recueil de poésies dont est extrait le présent texte. « Atteint d’un cancer diagnostiqué en août 2017 et se sachant condamné, il remplira deux carnets noirs… d’une écriture tremblée. Une centaine de poèmes qui tous parlent de la mort à venir et frappent par leur lucidié et l’urgence dont ils sont un puissant témoignage (Sylvie Péju) ».

« We all live in apnea, with a hell of a job to get a little puff of oxygen, just a little puff, to give us the strength to keep moving forward in the darkness of our time…« 

John Ibonoco

I live in apnea
sometimes I breathe I emerge free
and I fill up – cool – but I’m sinking down
and I force myself I strive I get out of breath
in the absurd hope of swimming
I’m losing my footing
I lost the air
it’s not true that he’s everywhere
the air is not free like air
to take the air is forbidden to me
it would be stealing it I can’t take it anymore
the indecency of the water delivers me
at the moment when the evil intoxicates me

Hervé Prudon, (1950 – 2017), in Devant la mort, poèmes, Carnet I, Editions GALLIMARD, nrf, Paris, 2018,pp.10., est un écrivain, journaliste et scénariste français, spécialisé dans le roman policier et la littérature d’enfance et de jeunesse. Il a également ce recueil de poésies dont est extrait le présent texte. « Atteint d’un cancer diagnostiqué en août 2017 et se sachant condamné, il remplira deux carnets noirs… d’une écriture tremblée. Une centaine de poèmes qui tous parlent de la mort à venir et frappent par leur lucidié et l’urgence dont ils sont un puissant témoignage (Sylvie Péju) ».



13 commentaires Ajouter un commentaire

  1. On sent l’urgence à se dépêcher de vivre!

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Et à dire, transmettre avant qu’il ne soit trop tard

      Aimé par 1 personne

  2. Merci pour le poème !
    Bonne journée, John.

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonne soirée Jean-Louis,
      Amicalement,
      John

      Aimé par 1 personne

  3. Radosal dit :

    C’est comme ça que ça marche, qu’ils nous font marcher. Juste une petite bouffée pour que l’on puise assez de force pour….Mais c’est qui eux, on? Finalmenent nous sommes tous des « eux » pour quelqu’un d’autre. Ça fait froid dans le dos quand on y pense. Allez, je suis essouflé, je vais prendre ma petite bouffée hebdomadaire pour pouvoir continuer.

    Aimé par 3 personnes

    1. ibonoco dit :

      Allons respirer un grand bol d’air, de cet air qui ne sait même plus s’il est encore libre.
      Continuons d’avancer, encore et toujours.

      Aimé par 1 personne

  4. Paquerite dit :

    Merci John pour les mots, pour tes mots,
    en ce moment je me sens lasse, surement cette ambiance devenue irrespirable.
    Alors je m’accroche au bleu, au gris, au blanc du ciel, tu n’imagines pas comme ce lieu m’inspire, m’aspire, c’est un réel et pur océan de liberté, sur lequel nous n’avons aucune prise, aucun contrôle, cela m’aide beaucoup à espérer.
    La liberté n’est pas loin, juste au dessus de nos têtes, juste au bord de notre regard, puissions-nous nous en inspirer.
    Le ciel est toujours libre, c’est la marque du présent dans toute sa fraîcheur, il a tellement à nous apporter…Et puis que dire de l’indolence des nuages ?
    Je ne pensais pas qu’un ciel d’hiver m’apporterait autant qu’en ce moment, c’est la première fois de ma vie que j’admire un ciel en janvier, cette douceur, ses gris chauds, tout cela m’apaise.
    je t’embrasse fort
    Corinne

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    1. ibonoco dit :

      Bonsoir Corinne et merci de tes mots sincères et émouvants.
      Nous sommes peut-être de plus en plus nombreux à peiner, à supporter difficilement ce quotidien qui nous pèse de plus en plus : les perspectives d’embellie vont et viennent au gré des annonces gouvernementales.
      Accroche-toi Corinne et continue de regarder ce ciel de janvier qui t’apaise.
      Moi, j’ai de plus en plus de mal à respirer…
      Bises Corinne
      Amitiés
      John

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  5. Swannaëlle dit :

    Merci John pour ce poème que tu nous fais connaitre… on sent l’accélération respiratoire de la vie qui s’amenuise et qui résiste comme elle peut ! C’est beau et anesthésiant comme l’épouvante !
    Belle journée 🌹😘

    Aimé par 1 personne

    1. ibonoco dit :

      Bonsoir Swannaëlle,
      J’espère que tu vas bien. Tu décris bien cette espèce d’asphyxie et cette vie qui résiste mais qui n’échappera pourtant pas à son destin.
      Belle soirée et amitiés
      John

      Aimé par 1 personne

      1. Swannaëlle dit :

        Bonsoir John,
        Plus notre vie s’approche de l’instant final, plus on essaye de résister, plus on prend conscience que l’échappatoire est impossible … et là, parfois, le souffle devient si court qu’on semble le perdre ! Il faut bien une fin à chaque histoire 😉
        Beau week end et amitiés
        Swann

        Aimé par 1 personne

        1. ibonoco dit :

          Tu as raison. C’est ce que certains appellent l’impermanence. Ce qui est aujourd’hui ne le sera pas demain (en ce qui concerne la vie). Mais ne soyons pas pressés de subir la fin de notre histoire, écrivons celle d’aujourd’hui. C’est déjà pas mal.
          Belle journée Swannaëlle
          Amitiés
          John

          Aimé par 1 personne

        2. Swannaëlle dit :

          😂 tu as raison, chaque chose en son temps, et nous ne sommes pas trop pressés d’arriver à l’épilogue 😉
          Belle journée
          Amitiés, Swann

          J'aime

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