Une histoire de famille

La famille ? C’est toute une histoire ! Une histoire que l’on se raconte au fil des années, que l’on vit jour après jour et l’on – se – transmet au gré des souvenirs affleurant à la surface d’un présent parfois récalcitrant.

La famille ? Ce sont toutes ces têtes qui disparaissent du paysage de la vie pour venir les unes après les autres s’enfermer dans un album… de famille. Un album que l’on ouvrira une fois par siècle et par hasard, parce que c’est l’hiver, qu’il fait froid à l’extérieur et que l’on est bien mieux assis près d’un foyer de cheminée. Alors, comment raconter cette histoire ? Comment ne pas oublier les p’tites choses les plus élémentaires qui l’ont écrite et ont égrené tous ces moments partagés ?

Cette histoire, elle est celle de la tendre et épaisse main de cette femme, gonflée par l’âge, usée par une vie de labeur et qui du bout de ses doigts tordus par l’arthrose, transmet son amour, sa dignité, son accent et sa bonté sur le front de chacun de ses enfants et petits-enfants. Et elle les a élevés avec amour tout au long de sa route, de Kotor à Lyon, des Balkans à la rue Jules Valensaut, des champs du Monténégro au quartier de la Plaine. Et les guerres ? Elle en a vu et traversé des guerres… mondiales. Elle en a vaincu des peines et connu des deuils vert-de-gris perpétrés par le pas cadencé de ces soldats sans âmes qui souvent lui ont presque tout pris… Cette histoire ? Elle est celle de cette main qui ne trembla jamais sous le poids du passé et de l’âge et qui aujourd’hui prolongent ses racines en chacun de nous parce que jamais elle ne cessera de vivre après quatre-vingt-trois ans…

Comment transmettre une émotion, un geste ou faire revivre le temps d’un éphémère souvenir un passé à tout jamais révolu ? Il y en a tant et tant de ces fragments de vie tombés dans les oubliettes sans fond de la mémoire…

Cette histoire de famille, de la famille, de toutes ces personnes encore présentes dans la tête de quelques individus devenant de moins en moins nombreux, cette histoire ? Elle est encore celle de cette douce douce main maternelle, celle de cette rassurante caresse d’une mère passée dans les cheveux soyeux de son enfant au moment du coucher, avant d’aller le laisser s’en aller rejoindre le pays imaginaire des songes et des contes de fée…

Une autre fois, elle n’est autre que celle de la pensée réfléchie d’un père sur l’ombre du regard de son fils quand ce dernier pense qu’il est à la fois l’univers et les dieux alors qu’il ne se connaît même pas encore. A ce père, il lui en a fallu du génie et de la matière grise, à coups de truelle, d’équerre, niveaux et plâtre pour bâtir sa famille sur les fondements de la philosophie de son vécu, toujours avec ce regard perçant, critique et existentialiste qui est le sien.

Cette histoire de famille ? Elle est aussi le doux reflet du visage d’une sœur, d’un frère, d’une autre sœur… et encore d’une sœur dans la clarté de la mémoire d’une enfance qui jamais ne reviendra ; déjà elle est trop loin, trop floue, n’ayant fait que passer très vite, toujours trop pressée de grandir et toujours hâtant le pas, l’un après l’autre. Et en toute inconscience, en toute insouciance, sur les pavés noircis d’un temps qui n’a que trop peu duré, elle s’en est allée sans dire : « Au revoir les enfants ! ».

La famille ? C’est toute une histoire, des tas d’histoires, des fragments de vie, des instants fugaces, des mots sur des maux, des éclats de rire, des pleurs étouffés par un départ toujours trop précipité, une main qui se tend, une engueulade pour rien qui dure des années, beaucoup de tendresse et d’amour.

 

11 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Soleggiata dit :

    Des mots qui résonnent bien-sûr .
    Merci pour ce moment , et ce rendez-vous inattendu , tellement plaisant avec Monsieur Caradec .

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    1. ibonoco dit :

      Merci également d’avoir partagé vos impressions.
      Cela faisait longtemps que je n’avais pas pensé à Carradec.
      Bonne soirée

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  2. Yvonne KT dit :

    La famille c’est parfois des histoires incompréhensibles, déchirantes qui séparent les frères et sœurs.

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    1. ibonoco dit :

      C’est vrai et parfois, la séparation devient une plaie qui ne cicatrise jamais. Alors, on fait avec… comme l’on peut.
      🙂

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  3. colettedc dit :

    J’♥ cette histoire de famille ! C’est tellement bien exprimé ! J’♥ la mienne aussi bien entendu. Si bon de se souvenir, en effet !!!

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    1. ibonoco dit :

      Oui Colette. Ne pas oublier tous ces visages.
      Merci Colette.
      Très bonne journée

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  4. Belle sensibilité. Belles histoires à raconter même si pour certains, il n’y pas eu/n’y aura jamais tout cet amour…

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    1. ibonoco dit :

      C’est certain. L’amour manque parfois ses rendez-vous.

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  5. André dit :

    Que d’amour dans ce texte ! Il y a ceux qui partent, et ceux qui arrivent ; et nous au milieu qui tentons quelquefois de réparer un tissu déchiré, de tisser quelques fils qui masquent plus ou moins les trous. Et la vie qui va, jamais comme nous l’avions imaginée.
    Comme un écho, les quelques mots qui me sont venus pour tenter de colmater mes propres brèches :
    https://asimon.eu/blog/poesie/ce-soir-la/

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    1. ibonoco dit :

      Magnifique poème  » Ce soir-là »

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    2. ibonoco dit :

      Merci d’avoir partagé ce poème

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